
Étude observationnelle transversale exploratoire
| Lin D1, Qi S1, Ni Y2, DU X2, Huang Z3, Zhao X3, Chen J3, Lin L1,4. [Study on distribution characteristics of pressure-sensitive points on body surface around acupoints in patients with chronic non-specific low back pain based on Euclidean distance]. Zhongguo Zhen Jiu. 2025 Dec 12;45(12):1743-1750. [1] |
2College of Computer and Cyberspace Security, Fujian Normal University.
3College of Electrical Engineering and Automation, Fuzhou University.
4Rehabilitation Hospital Affiliated to Fujian University of TCM, Fuzhou 350009.
L'étude
Contexte
Le principe énoncé dans le Ling Shu, « 以痛为输(腧)» (« prendre la douleur comme repère du point »), renvoie classiquement à l’utilisation de points douloureux, dits points ashi. Toutefois, la relation entre ces points et les points d’acupuncture demeure insuffisamment explorée, tant sur le plan spatial que clinique.
Objectif
Explorer, chez des patients atteints de lombalgie chronique non spécifique, la distribution spatiale des points sensibles à la pression, en analysant leur distance euclidienne aux points d’acupuncture des méridiens.
Méthode
- Patients
Les patients inclus présentaient une lombalgie chronique non spécifique, avec une douleur lombaire prédominant à droite, aggravée par l’activité, évoluant depuis plus de trois mois, et d’intensité cliniquement significative (VAS > 3).
- Recueil des données
- Appareil de mesure et calibration de la pression. La sensibilité à la pression a été évaluée à l’aide d’un algomètre FDK20 (figure 1). Une pression de référence individualisée a été déterminée au niveau lombaire gauche, à 3 cun en dehors du processus épineux de L4, correspondant à l’induction d’une douleur tolérable (score VAS compris entre 3 et 5), puis utilisée comme pression constante pour l’ensemble des mesures ultérieures.
- Définition de la zone lombaire d’exploration. Une zone lombaire standardisée a été délimitée, avec pour limite gauche la ligne médiane vertébrale, pour limite droite une ligne verticale parallèle à la colonne vertébrale, définie à partir du point médian entre l’épine iliaque postéro-supérieure droite et la crête iliaque droite, et pour limites supérieure et inférieure les niveaux de T11 et de L5 (figure 2A).
- Exploration systématique de la zone lombaire droite. Cinquante points de mesure non prédéfinis, couvrant l’ensemble de la zone d’exploration ont été testés de manière aléatoire, non contiguë et non répétée. Chaque point était marqué et le patient renseignait simultanément l’intensité de la douleur perçue sur une échelle visuelle analogique de 100 mm (figure 2B).
- Repérage photographique et extraction spatiale. À l’issue du recueil, une photographie standardisée de la région lombaire était réalisée en vue verticale (figure 2B). Les positions des points testés ainsi que de sept points d'acupuncture de référence (du 20V au 26V) étaient repérées, puis leurs coordonnées spatiales extraites à partir des images à l’aide du logiciel Matlab, en vue de l’analyse ultérieure.
Figure 2. Zone d’exploration et repérage spatial des points testés (Lin D et al., 2025)
Le panneau A définit la zone lombaire explorée, délimitée par les repères anatomiques T11 (A), L5 (B) et l’épine iliaque postéro-supérieure droite (C). Le système de coordonnées cartésiennes utilisé pour l’analyse spatiale est représenté, avec une origine (O) fixée au niveau du processus épineux de L4. Ce repère permet d’exprimer la position spatiale des points testés.
Le panneau B présente l’image numérique de la région lombaire du patient avec marquage et numérotage des points testés. Celle-ci est analysée dans l’environnement Matlab pour l’extraction des coordonnées spatiales.
- Analyse des données.
- Les positions des points de mesure et des points d'acupuncture de référence ont été analysées après transformation des coordonnées spatiales absolues en coordonnées relatives, rapportées aux repères anatomiques définissant la zone lombaire examinée, afin de permettre la comparaison des distributions spatiales entre patients (figure 3).
Figure 3. Schéma de normalisation des coordonnées des points testés (Lin D et al., 2025)
Les coordonnées spatiales des points testés à la pression sont traitées par un logiciel afin d’être exprimées dans un système de coordonnées commun, centré sur le processus épineux de L4. Cette normalisation permet de comparer les positions des points testés entre patients, indépendamment des différences morphologiques.
- Chaque point testé a été caractérisé par l’intensité de la douleur provoquée par la pression normalisée, (évaluée sur une échelle visuelle analogique), et par sa distance euclidienne normalisée par rapport aux points lombaires de référence (du 20V au 26V).
- À partir de ces deux paramètres, un indicateur synthétique a été construit : le PVD acupoint (Proportional Value for VAS to Euclidean Distance- acupoint) correspond à la proportion de points à douleur sévère (VAS ≥ 8,0) situés à une distance euclidienne normalisée ≤ 0,5 d'un point d'acupuncture de référence (figure 4). À titre d’exemple, si un patient présente 10 points à douleur sévère (VAS ≥ 8,0) et que 5 de ces points sont situés à une distance euclidienne normalisée ≤ 0,5 du point 23V, le PVD du 23V est de 50 % (0,5).
Figure 4. Principe de calcul du PVD acupoint (Lin D et al., 2025)
Le point d'acupuncture de référence est représenté par un point vert . Les points testés sont figurés par des points jaunes lorsqu’ils induisent une douleur sévère (VAS ≥ 8,0) ou par des points gris lorsque la douleur est non sévère (VAS < 8,0). Le PVD acupoint correspond à la proportion de points jaunes situés à l’intérieur du cercle de rayon euclidien normalisé ≤ 0,5 centré sur le point d'acupuncture de référence (cercle rose).
- Les relations entre les PVD des acupoints et la durée d’évolution de la lombalgie ont été examinées par analyses de corrélation (le PVD d’un acupoint varie-t-il avec la durée de la maladie ?), puis par analyse factorielle (certains acupoints présentent-ils des comportements proches entre eux ?) et analyse de profils (ces groupes d’acupoints évoluent-ils de manière parallèle en fonction de la durée d’évolution ?).
Principaux résultats
- Les analyses de corrélation ont montré que les valeurs de PVD associées aux acupoints 23V et 25V augmentaient significativement avec la durée d’évolution de la lombalgie, suggérant une concentration croissante des points à douleur sévère à proximité de ces acupoints au fil de la chronicité. Les autres acupoints étudiés ne présentaient pas de relation linéaire significative avec la durée de la maladie.
- L’analyse factorielle a mis en évidence deux regroupements principaux d’acupoints. Le premier regroupait 20V, 21V, 22V et 24V, tandis que le second était dominé par 23V et 25V, traduisant des structures de variation du PVD distinctes entre ces ensembles.
- L’analyse de profils a montré que seul le groupe centré sur 23V et 25V présentait une évolution parallèle et cohérente des valeurs de PVD en fonction de la durée de la maladie. Ce profil suggère une association stable entre la chronicité de la lombalgie et l’organisation spatiale des points douloureux autour de ces acupoints.
Conclusions des auteurs
La valeur du PVD acupoint, fondée sur la distance euclidienne normalisée, permet d’analyser la concentration spatiale des points à douleur sévère par rapport aux points d'acupuncture considérés comme repères anatomiques. Dans la lombalgie chronique non spécifique, le couple 23V–25V est associé à une accumulation préférentielle de points douloureux dans leur voisinage.
Commentaires
L’étude se distingue ainsi par un double apport, méthodologique et conceptuel, pour appréhender la relation entre points ashi et points d’acupuncture.
Sur le plan méthodologique, l’innovation réside dans la stratégie de criblage aléatoire de la région lombaire, associée au recueil systématique des seuils de douleur à la pression. Cette approche rompt avec les pratiques habituelles fondées sur l’identification de points douloureux à l’issue d’une palpation orientée.
Sur le plan conceptuel, la sensibilité n’est plus appréhendée comme une propriété attachée à un point isolé, mais comme un champ continu, mesurable et cartographiable, analysé indépendamment des points d’acupuncture avant d’être rapporté secondairement à ceux-ci. Dans ce cadre, certains points apparaissent comme des centres de gravité de la sensibilité douloureuse, tels que 23V et 25V, autour desquels la douleur tend à se structurer avec la chronicisation de la lombalgie.
Les points ashi, la troisième catégorie de points... ou la première
Dans tous les traités académiques chinois les points ashi constituent explicitement une troisième catégorie de point aux cotés des points des méridiens et des points hors méridien (Shanghai Zhenjiu Xue 1973 [2], Cheng Xinnong 1987 [3]). Plus encore, ces trois catégories sont présentées historiquement comme trois phases successive de la conceptualisation actuelle des points d’acupuncture :
- Les points ashi constituent l'étape initiale, la plus ancienne. Le point n’est pas fixé ni nommé, il émerge de l’examen local. Sa détermination est contextuelle et opératoire.
- Les points hors méridiens sont l'étape intermédiaire : l'expérience clinique identifie certains lieux à efficacité particulière ; ils sont dotés d’un nom et leur localisation fixée.
- Les points méridiens sont le stade final avec l'attribution à un méridien et l'intégration dans une architecture théorique structurée.
Cette perspective historique suggère ainsi que le système des points ne s'est pas construit par application d’un modèle théorique préexistant mais par formalisation progressive de pratiques antérieures.
Les points ashi sont ainsi :
- des points non fixés a priori,
- identifiés à l’examen clinique par des signes locaux tels que l'hyperesthésie,
- et dont l’existence est contingente au contexte pathologique.
Mais ces caractéristiques ne peuvent être considérées comme strictement spécifiques, dans la mesure où une sensibilité locale contingente à la pathologie peut également être observée au niveau des points d’acupuncture méridiens ou hors méridiens, allant parfois jusqu’à acquérir une valeur diagnostique. Dans ce cadre, le point d’acupuncture est généralement envisagé comme pouvant exister sous deux états fonctionnels distincts : un état basal ou « silencieux » en condition physiologique, et un état activé en contexte pathologique, principalement caractérisé par une hyperesthésie (Sun 2021 [4]. La localisation fixe du point d’acupuncture correspond alors à un repère conventionnel, susceptible d’être modulé en fonction de la sensibilité locale observée, rejoignant ainsi certaines caractéristiques classiquement attribuées aux points ashi.
Il en résulte nécessairement un chevauchement entre points ashi et points d’acupuncture méridiens ou hors méridiens, tel que formalisé par Lee S. et al. [5] dans un modèle relationnel intégrant une zone de recouvrement (figure 5). La portée de ce schéma est limitée, en ce qu’il traduit une évidence clinique : à un moment donné et dans un contexte pathologique donné, il existe des points douloureux, dont certains peuvent coïncider avec des points d’acupuncture codifiés.
Dans une perspective dynamique et historique, le passage du point ashi au point d’acupuncture codifié peut être interprété comme un basculement dans la hiérarchisation des caractéristiques. Alors que le point ashi est défini par un caractère clinique premier — l’hyperesthésie — associé à une variabilité spatiale et temporelle, le point d’acupuncture résulte d’une inversion de cette hiérarchie : les caractéristiques spatiale et temporelle y deviennent premières par leur stabilisation, tandis que l’hyperesthésie, initialement déterminante, devient secondaire (figure 6).
Figure 5. Modèle relationnel entre points d’acupuncture et points Ashi (Lee S et al., 2023)
Deux ensembles sont distingués : celui des points d’acupuncture spécifiés et celui des points Ashi. Les points d’acupuncture spécifiés regroupent les points des méridiens (classical acupoints, CA) et les points hors méridien (extra acupoints, EA). Les points Ashi sont considérés par les auteurs comme équivalents aux points gâchette myofasciaux (myofascial trigger points, MTrPs). Ces deux ensembles se recoupent, définissant trois sous-ensembles. Le sous-ensemble A correspond aux points d’acupuncture spécifiés qui se distinguent des points Ashi par leur localisation et leurs indications cliniques. Le sous-ensemble B correspond à la zone de recouvrement, dans laquelle certains points d’acupuncture spécifiés présentent des caractéristiques de points Ashi. Le sous-ensemble C regroupe les points Ashi qui ne correspondent pas à des points d’acupuncture spécifiés.
Figure 6. Lecture dynamique et historique de la catégorisation des points
Tout site corporel peut devenir un point ashi selon le contexte. Certains points ashi sont stabilisés comme points d’acupuncture à localisation fixe . Les points méridiens constituent un sous-ensemble de ces points, rattachés fonctionnellement aux méridiens, ce qui distingue de fait le sous-ensemble des points hors méridiens . La fixation des points ashi s’opère au prix d’une perte du caractère premier de l’hyperesthésie et les points d'acupuncture à localisation fixe ne sont qu'un sous-ensemble de points ashi.
Les points ashi : de la pratique à la catégorisation
Des travaux récents (Jiang 2023 [6], Mou 2025 [7]) montrent que la conceptualisation des points ashi comme une catégorie particulière de points est en réalité tardive, et qu’il convient de distinguer clairement la technique opératoire dont ils procèdent de l’élaboration conceptuelle et classificatoire qui lui est associée.
La technique trouve son origine dès le Lingshu, à travers le principe consistant à « prendre la douleur comme lieu d’intervention » (以痛为输). La première occurrence explicite du terme Ashi apparaît quant à elle dans le Qianjin Yaofang de Sun Simiao, au chapitre « Sixième règle de la moxibustion » (Jiu li di liu). Dans les deux cas, les textes décrivent une procédure opératoire, sans attribuer de statut théorique spécifique au site identifié, qui peut tout aussi bien correspondre à un point d’acupuncture déjà codifié.
Ce n’est que tardivement, au Japon au XVIIIᵉ siècle, que s’opère le passage progressif d’une technique à la conceptualisation des points ashi comme catégorie particulière de points. L’ouvrage Shinkyū Ashi Yōketsu (« Les points Ashi essentiels en acupuncture et moxibustion », 1703) d’Okamoto Ippō constitue la première monographie consacrée au sujet. Cette élaboration se poursuit tout au long de la période Edo, avant d’être réimportée en Chine et intégrée, au milieu du XXᵉ siècle, dans les manuels académiques.
La catégorisation des points ashi ne reflète donc pas un héritage ancien stabilisé, mais une élaboration théorique relativement moderne, traduisant le passage d’une logique opératoire à une logique classificatoire et structurante des points. De manière convergente, les données archéologiques relatives aux aiguilles suggèrent que l’acupuncture s’est d’abord constituée à partir de l’instrument, du geste et de l’observation, avant toute théorisation systématique [8]. Elle apparaît ainsi comme un système en constante évolution, dans lequel les conceptualisations émergent des usages, et non l’inverse.
Le terme ashi (阿是) est couramment expliqué, dans la littérature contemporaine et l’enseignement de l’acupuncture, comme dérivant de l’exclamation du patient signalant un point douloureux (« ah, c’est ici »). Bien que séduisante sur le plan pédagogique, cette interprétation ne repose sur aucun fondement philologique solide et correspond à une étymologie populaire tardive.
Les travaux historiographiques et linguistiques de Jiang Shan et Zhao Jingsheng montrent que cette lecture ne concorde ni avec les usages du chinois classique, ni avec les contextes textuels anciens dans lesquels le terme apparaît. En chinois classique, le caractère 阿 (a) ne fonctionne pas comme une interjection exprimant la douleur, mais comme un préfixe ou un marqueur relationnel, employé dans des contextes non spécialisés ou vernaculaires. L’association 阿是 ne constitue pas, dans les sources anciennes, une construction interjective ou dialogique.
L’origine de la confusion s’explique en grande partie par une rétroprojection d’usages dialectaux et vernaculaires plus tardifs sur des textes anciens. Dans certains dialectes modernes, a peut en effet être employé comme interjection émotionnelle. La transposition abusive de cette valeur orale contemporaine au chinois classique a conduit à interpréter ashi comme une exclamation de douleur, alors que cette lecture n’est ni grammaticalement ni historiquement attestée.
À partir de l’examen de sources médicales anciennes, de textes non médicaux et de données épigraphiques, Jiang et Zhao montrent que ashi s’inscrit dans un champ sémantique ancien associé au commun, à l’ordinaire et au non spécialisé. Dans cette perspective, ashi qualifie d’abord une méthode simple et empirique de repérage, accessible à des non-spécialistes, fondée sur l’identification directe de sites pertinents à partir de la réaction corporelle locale.
Cette interprétation renforce l’idée que, dans les textes chinois anciens, ashi apparaît comme une technique opératoire (ashi fa, 阿是之法). Le « point ashi » n’est ainsi que le résultat contingent de cette méthode, et non une entité prédéfinie ou localisée a priori. La conceptualisation ultérieure des ashi comme une catégorie spécifique de points relève d’une élaboration secondaire, historiquement située, et ne saurait être projetée rétroactivement sur les sources anciennes.
Phénomène de sensibilisation et points d’acupuncture
La sensibilisation périphérique désigne les processus par lesquels certaines régions corporelles acquièrent une hypersensibilité localisée à la stimulation, dans un contexte de lésion, d’inflammation ou de dysfonction viscérale. Ce champ de recherche se situe à la rencontre de la physiologie de la douleur et de l’acupuncture. Il ne conduit pas seulement à constater un recoupement entre points d’acupuncture et points réactionnels, mais invite à interroger la sensibilisation comme une caractéristique potentiellement majeure du point d’acupuncture lui-même.
La thématique de la sensibilisation des points d’acupuncture a connu un fort développement au cours des dernières décennies et constitue aujourd’hui un domaine de recherche particulièrement actif. Une analyse bibliométrique (Wang 2023 [9]) recense 4 940 publications publiées entre 1981 et 2023, avec une croissance soutenue à partir de 2011, atteignant environ 250 publications par an, et issues de 72 pays, témoignant d’une large internationalisation du champ.
Les recherches consacrées à la sensibilisation des points d’acupuncture s’organisent s’organisent autour de deux grands axes principaux et complémentaires (Sun 2021 [4], Wang 2023 [9], Tang 2019 [10]) :
Axe clinique et sémiologique, visant à décrire :
- les modalités de la réactivité des points, qui englobent une sensibilité mécanique et thermique accrues, ainsi que des modifications locales biophysiques (variations de la température cutanée, de la résistance ou de l’impédance électrique, de la perfusion microcirculatoire, ou de paramètres acoustiques ou infrarouges) ou morphologiques (nodules, cordons palpables, indurations) ;
- leur distribution spatiale, élément déterminant pour établir la relation avec les points d’acupuncture ;
- leur évolution temporelle au cours de l’histoire de la pathologie ;
- leur intérêt diagnostique et thérapeutique.
Figure 7. Sémiologie du point d’acupuncture (Sun M et al., 2021)
Les points d’acupuncture en état de sensibilisation peuvent se manifester par des signes cliniques perceptibles (douleur), palpables (nodules, indurations), visibles (reliefs cutanés, modifications de la couleur de la peau), ainsi que par des paramètres mesurables, incluant des variations de la température cutanée et des propriétés bioélectriques locales. Ces manifestations traduisent un état fonctionnel activé du point, en lien avec le contexte pathologique.
Axe mécanistique, visant à analyser, principalement dans des modèles animaux :
- les substrats neurophysiologiques périphériques impliqués dans la réactivité des points (p. ex. nocicepteurs, inflammation neurogène locale) ;
- les processus de modulation et de plasticité périphérique et centrale susceptibles d’expliquer l’augmentation de cette réactivité (p. ex. facilitation des voies nociceptives, changements d’excitabilité neuronale) ;
- les interactions avec les systèmes autonomes et vasculaires participant à la transmission et à la modulation du signal (p. ex. système sympathique, microcirculation) ;
- les corrélats biologiques permettant d’objectiver la relation entre réactivité des points, pathologie et action thérapeutique (p. ex. marqueurs inflammatoires ou neurophysiologiques).
Ainsi s’ouvre un domaine de recherche particulièrement fécond, marqué par un déplacement épistémologique décisif : le point d’acupuncture cesse d’être un simple donné théorique ou une localisation héritée pour devenir un objet d’enquête cliniquement et scientifiquement légitime, dont la définition, la pertinence et les limites demeurent ouvertes à l’observation, à la variabilité clinique et à la confrontation expérimentale.
L'essentiel à retenir
L’étude analyse la relation spatiale entre points douloureux et points d’acupuncture dans la lombalgie chronique.
Elle s’appuie sur le concept de PVD acupoint pour penser la sensibilité comme un champ continu et cartographiable ; certains points, dont 23V et 25V, émergent comme centres de gravité de la sensibilité douloureuse avec la chronicisation.
Elle conduit à s'interroger sur la catégorisation des points ashi comme une troisième catégorie de points, aux côtés des points méridiens et hors méridiens.
Elle s’inscrit dans un champ de recherche très actif sur la relation entre phénomènes de sensibilisation et points d’acupuncture, contribuant à une conception dynamique du point comme entité fonctionnelle dépendante de l’état pathologique.
Dr Johan Nguyen
Références
- Lin D, Qi S, Ni Y, DU X, Huang Z, Zhao X, Chen J, Lin L. [Study on distribution characteristics of pressure-sensitive points on body surface around acupoints in patients with chronic non-specific low back pain based on Euclidean distance]. Zhongguo Zhen Jiu. 2025 Dec 12;45(12):1743-1750.
- Shanghai College of TCM. Shanghai Zhenjiu Xue. Beijing: People ‘s Health Publishing House; 1973.
- Cheng Xinnong. Chinese acupuncture and moxibustion. Beijing: Foreign Languages Press; 1987.
- Sun M, Yang M, Rong J, Ma X, Zheng H, Cai D, Zhao L, Liang F. Trigger points and sensitized acupoints: same book, different covers? Acupunct Herb Med. 2021 Dec;1(2):74-80. https://doi.org/10.1097/HM9.0000000000000018. 🔓
- Lee S, Lee IS, Chae Y. Similarities between Ashi acupoints and myofascial trigger points: Exploring the relationship between body surface treatment points. Front Neurosci. 2022 Nov 2;16:947884. https://doi.org/10.3389/fnins.2022.947884 🔓
- Jiang S, Zhao JS. [Constructed « ashi point »]. Zhongguo Zhen Jiu. 2023 Jan 1;43(1):89-94.
- Mou D, Wu X, Zhao N, Ding N, Yuan J. [Generalization of the location method of ashi points]. Zhongguo Zhen Jiu. 2025 Jan;45(1):105-109.
- Nguyen J. L’analyse métallurgique des aiguilles de la tombe du marquis de Haihun : une autre histoire de l’acupuncture. Acupuncture Preuves & Pratiques. Aout 2025. https://gera.fr/analyse-metallurgique-des-aiguilles-de-la-tombe-du-marquis-de-hainun/🔓
- Wang X, Li X, Gao Y, Wang D, Liu J, Fan X, Chen H, Zuo G, Li H, Zheng X, Zhang X, Zhang J, She Y. Knowledge mapping of acupoint sensitization and acupoint specificity: a bibliometric analysis. Front Neurosci. 2023 Nov 20;17:1292478. https://doi.org/10.3389/fnins.2023.1292478🔓
- Tan H, Tumilty S, Chapple C, Liu L, McDonough S, Yin H, Yu S, Baxter GD. Understanding Acupoint Sensitization: A Narrative Review on Phenomena, Potential Mechanism, and Clinical Application. Evid Based Complement Alternat Med. 2019 Aug 14;2019:6064358. https://doi.org/10.1155/2019/6064358 🔓
Mots-clés : Points - Rhumatologie
