Se connecter EnglishFrenchGermanItalianSpanish

Icon/Horloge Created with Sketch. 10.08.2021

1 commentaire

54- Un point d’acupuncture de la notochorde chez le poisson-zèbre ?

Le poisson-zébre ou Danio rerio est une espèce tropicale de poisson de la famille des Cyprinidés, couramment utilisé en laboratoire comme organisme modèle. Un organisme modèle est un outil de modélisation pour l’organisme humain permettant des études approfondies pour la compréhension de phénomènes biologiques.

L’intérêt du poisson-zébre est qu’il se reproduit rapidement en grand nombre, et que son développement est uniforme entre les individus et rapide puisqu’il devient adulte (d’une taille de 4 à 5 centimètres) en moins de trois mois. De plus, les embryons de ce poisson se développent hors de la femelle et ces petits poissons sont transparents dans les premiers stades de leur développement (figure 1). Le poisson-zèbre est ainsi largement utilisé en recherche fondamentale ou appliquée en immunologie, cancérologie, toxicologie ou neuroscience.

Figure 1. Embryon de poisson-zèbre.

Une équipe du College environnement de l’université de technologie du Zhejiang s’est proposé de mettre au point un modèle d’immunotoxicologie en utilisant l’acupuncture chez le poisson-zèbre au stade d’eulothéroembryon (72 h après fécondation) [1].

L’immunotoxicologie étudie le dysfonctionnement immunitaire résultant de l’exposition d’un organisme à une substance polluante. L’objet est donc de disposer d’un modèle permettant de détecter dans l’environnement aquatique un polluant immunotoxique.

Ils montrent d’abord qu’une puncture caudale à l’aide d’une microaiguille (figure 2) entraine une réaction immunitaire. En comparaison avec les poissons contrôle sans acupuncture, il est observé une augmentation du taux de transcription des gènes impliqués dans la réponse immunitaire, du taux de cytokines immunitaires, du recrutement et migration des neutrophiles.

Figure 2. A. Microaiguille constituée à partir d’une aiguille capillaire à extrémité pointue. B. l’aiguille est implantée à l’aide d’un microinjecteur sous microscope inversé à un point défini à l’extrémité de la notochorde (cercle rouge) [1].

Dans un deuxième temps les auteurs étudient l’action de la béclometasone. La béclometasone a un effet immunosuppresseur connu chez les poissons et sert de contrôle positif dans les modèles immunitaires. Cet effet est plus prononcé chez les poissons soumis à l’acupuncture que chez ceux non soumis (figure 3).

En activant le système immunitaire, l’acupuncture permet d’augmenter la sensibilité du modèle à des agents immunotoxiques (fig. 3). Par rapport aux tests existants les auteurs soulignent la sensibilité et le faible coût du modèle proposé.

Figure 3. L’acupuncture entraine chez le poisson-zèbre une activation de son système immunitaire le rendant plus sensible à une exposition à un immunosuppresseur (béclometasone ou polluant immunotoxique environnemental) [1].

Commentaires


Les auteurs utilisent le terme « acupuncture » dans leur article pour décrire la stimulation appliquée. Ce terme est-il approprié ? Que nous dit l’ « acupuncture » ainsi utilisée chez les poissons ?

L’acupuncture comme déclencheur d’un processus physiologique

L’insertion d’une aiguille chez le poisson-zèbre provoque une stimulation du système immunitaire. Qu’une stimulation périphérique provoque une réponse locale ou générale est une propriété bien connue du vivant. Il s’agit d’ un mécanisme général d’information sur l’environnement physico-chimique permettant à l’organisme d’adapter son comportement et son fonctionnement interne.

L’acupuncture parait ainsi mettre en jeu un phénomène biologique, la capacité de l’organisme à réagir dans un sens donné à une stimulation périphérique. Elle ne fait que détourner avec un objectif thérapeutique un mécanisme physiologique adaptatif [2].

Le point et l’aiguille comme conditions de la reproductibilité et de la sécurité de l’expérience

Les auteurs définissent le point de stimulation à l’extrémité de la notochorde (figure 2) sans expliquer ce choix. Mais on peut facilement imaginer que ce point est déterminé afin de pouvoir être facilement et précisément localisé. C’est une condition de reproductibilité de l’expérience et donc de la fiabilité du test. L’autre élément de reproductibilité est la standardisation de la stimulation et de son intensité : l’aiguille, la modalité et la profondeur d’implantation.

Enfin il faut ensuite que le point choisi et les modalités de stimulation soient sécures. Les auteurs observent l’absence d’impact de l’acupuncture sur la mortalité des poissons-zèbres.

L’expérience conduit ainsi à un énoncé positif : la puncture du point de l’extrémité caudale de la notochorde entraine une augmentation significative de la réponse immunitaire dans des conditions de sécurité. Cet énoncé a un caractère opératoire constituant la base du test d’immunotoxicologie.

Mais l’énoncé positif, basé sur un élément factuel, ne nous dit rien sur l’utilisation d’autres points, d’autres stimulations et d’autre éventuels effets détectables. Ce n’est tout simplement pas le sujet.

Le développement de l’acupuncture

Si on se place au niveau du développement historique de l’acupuncture on peut faire les mêmes observations.

Si à un moment donné dans l’histoire de la Chine il est observé qu’une stimulation d’un point au niveau de la main soulage les maux de dents, la condition de la transmission aux générations suivantes est la définition de la localisation du point et des modalités de la stimulation effectuée.

Mais là aussi, comme pour le poisson-zèbre, il s’agira d’un énoncé positif à caractère opératoire qui ne nous dit rien sur l’action antalgique d’un autre point distant d’un centimètre ou dix centimètres.

C’est abusivement que l’on extrapole de l’énoncé positif un énoncé normatif qui voudrait qu’un non-point d’acupuncture soit neutre sur le plan biologique/thérapeutique, pouvant alors servir de contrôle placebo. Les « non-points » sont simplement des points à action biologique/thérapeutique indéterminée. Cela est illustré par la description progressive dans l’histoire de l’acupuncture d’un grand nombre de points « curieux », puis à l’époque moderne de points « nouveaux », ou encore de « microsystèmes » comme l’acupuncture auriculaire ou crânienne.

Plutôt que d’envisager un modèle dichotomique point/non-point, effet thérapeutique/ absence d’effet thérapeutique, il faudrait adopter un autre modèle où l’ensemble du revêtement cutané est potentiellement stimulable avec un objectif thérapeutique, mais avec des amplitudes d’effet et un champ d’action variables en fonction de la localisation et de la stimulation appliquée.

La cartographie des points d’acupuncture est alors à considérer comme un relevé pragmatique de zones à effet thérapeutique notable, mais non obligatoirement optimal ou fermé.

Johan Nguyen

Références


  1. Gu L, Peng S, Zhang J, Lu X, Xia C, Yu J, Sun L. Development and validation of an activated immune model with zebrafish eleutheroembryo based on caudal fin acupuncture. Sci Total Environ. 2021;785:147288. [212005]. | doi |.
  2. Nguyen J. Définir et présenter l’objet d’étude. Acupuncture Preuves & Pratiques. Mars 2020. | URL |. 🔓


Mots-clés : Acupuncture expérimentale - Points


Imprimer

Une remarque, une question ? Laissez un commentaire.




  • Vandesrasier dit :

    Merci pour cette conclusion que j’attendais depuis 40 ans et qui confirme le fruit de mon expérience et les affirmations allant dans ce sens du Dr Félix Mann dès les années 1960.

Thematiques

Votre recherche

Abonnement à notre infolettre
Abonnez-vous pour être informé des derniers articles et formations mis en ligne
Thanks for signing up. You must confirm your email address before we can send you. Please check your email and follow the instructions.
Nous respectons votre vie privée. Vos informations sont en sécurité et ne seront jamais partagées.
Don't miss out. Subscribe today.
×
×