L’expérimentation animale est une part importante de la recherche en acupuncture.  Une revue systématique d’une équipe coréenne vise à déterminer l’efficacité de l’acupuncture dans les modèles animaux de maladie de Parkinson (MP)  [1].

Elle regroupe 42 études expérimentales menées chez les rongeurs et publiées entre 2002 et 2018.  Les modèles de MP utilisés sont les modèles neurotoxiques (MTP, 6-OHDA ) ou génétiques (souris transgénique α-synucléine avec la mutation α-syn).

Les critères principaux sont la quantification des neurones exprimant la tyrosine hydroxylase (TH, enzyme de synthèse de DA) et le taux de dopamine au niveau du striatum [figure 1].  Les critères secondaires sont différents test de comportement moteur, principalement les tests du rotarod,  d’activité plein champ, de rotation induit par apomorphine et de descente de la tige [2].  Une analyse de qualité de chacune des publications est également conduite à partir d’une échelle de qualité à 10 items dérivée de l’échelle CAMARADES (Collaborative Approach to Meta-Analysis and Review of Animal Data in Experimental Stroke) [3].

Figure 1. La maladie de Parkinsons est une maladie neurodégénérative caractérisée par (1) une perte de 50 à70 % des neurones dopaminergiques au niveau de la Substantia nigra (locus niger) entrainant (2) une baisse du taux de dopamine au niveau du Striatum. La conséquence sont (3) les troubles moteurs de la MP. L’évaluation de l’effet thérapeutique de l’acupuncture dans les modèles animaux se fait sur ces trois éléments.

On observe après traitement par acupuncture comparativement aux groupes contrôles :

  • une amélioration significative de la survie neuronale (neurones TH+) (33.97 [95% CI 33.15–34.79]; p < 0.00001) [39 études] .
  • une amélioration significative du taux de dopamine au niveau striatum ((4.23 [95% CI 3.53–4.92]; p < 0.00001) [12 études].
  • une amélioration des tests comportementaux moteurs.

Ces résultats mettent en évidence un effet protecteur de l’acupuncture sur les neurones dopaminergiques dans les modèles animaux de MP. Ils confirment l’intérêt de l’acupuncture dans le traitement de la MP tel qu’il apparait dans un ensemble important de revues systématiques d’essais contrôlés randomisés [4].  

Ces conclusions peuvent, éventuellement, être considérées comme limitées par la qualité des études incluses. Le score moyen des 42 études est de 4.6 (de 2 à 7) sur un maximum de 10. Mais si on compare ces données à celles issues d’autres revues dans le domaine de la neurologie (Parkinson, AVC…), la qualité globale des études précliniques en acupuncture n’apparait pas inférieure [Figure 2]. On peut l’observer, par exemple, sur les médicaments de la maladie de Parkinson ensuite largement mis sur le marché.

Figure 2. Analyse de la qualité des études précliniques dans le domaine de la neurologie à partir de l’échelle à 10 items CAMARADES.  Q1- publication dans une revue à comité de lecture. Q2- rapport du contrôle de température. Q3- répartition aléatoire dans les différents groupes.  Q4– réalisation en aveugle du modèle.  Q5- utilisation d’animaux appropriés (âgés, [diabétiques ou hypertendus]). Q6- évaluation en aveugle des résultats. Q7- utilisation d’anesthésique sans activité neuroprotectrice intrinsèque significative. Q8- calcul de la taille de l’échantillon. Q9- conformité aux réglementations sur le bien-être animal signalée. Q10 – conflits d’intérêts potentiels signalés.

Concernant l’acupuncture, seulement deux études sur 39 évaluant la survie des neurones TH+ sont négatives (5%),  Ce faible taux de publication de résultats négatifs est souvent utilisé au niveau des études cliniques par les contempteurs de l’acupuncture pour une mise en doute systématique de l’ensemble de la littérature [9].  Mais sur 525 publications évaluant les différentes interventions thérapeutiques sur les modèles animaux d’AVC, seulement 2% rapportent un résultat négatif sur la taille de l’infarctus et seulement 1.2% rapportent un résultat négatif sur l’ensemble des critères [10].  Ceci met en évidence que le problème est un biais de publication classique et général en médecine et non particulier à l’acupuncture. Les études concernant l’acupuncture ne doivent pas être interprétées par rapport à un absolu méthodologique qui n’existe pas mais toujours comparativement à la réalité des données concernant les autres thérapeutiques, notamment les thérapeutiques recommandées.

Johan Nguyen

Références


  1. Ko J, Lee H, Kim SN, Park HJ. Does Acupuncture Protect Dopamine Neurons in Parkinson’s Disease Rodent Model? A Systematic Review and Meta-Analysis. Front Aging Neurosci. 2019.   [197987].  |doi|.
  2. Nguyen J. Traitement par acupuncture de la maladie de Parkinson. Acupuncture, Preuves & Pratiques.  |URL|.
  3. Macleod MR, O’Collins T, Howells DW, Donnan GA. Pooling of animal experimental data reveals influence of study design and publication bias. Stroke. 2004;35(5):1203–1208.  |doi|.
  4. Nguyen J, Goret O, Pernice C. Maladie de Parkinson : évaluation de l’acupuncture. Centre de Preuves en Acupuncture. Novembre 2019.  |URL|.
  5. Sena E, van der Worp HB, Howells D, Macleod M. How can we improve the pre-clinical development of drugs for stroke? Trends Neurosci. 2007;30(9):433–439.  |doi|.
  6. Rooke ED, Vesterinen HM, Sena ES, Egan KJ, Macleod MR. Dopamine agonists in animal models of Parkinson’s disease: a systematic review and meta-analysis. Parkinsonism Relat Disord. 2011;17(5):313–320.  |doi|.
  7. Pedder H, Vesterinen HM, Macleod MR, Wardlaw JM. Systematic review and meta-analysis of interventions tested in animal models of lacunar stroke. Stroke. 2014;45(2):563–570.  |doi |.
  8. Bahor Z, Liao J, Macleod MR, et al. Risk of bias reporting in the recent animal focal cerebral ischaemia literature. Clin Sci (Lond). 2017;131(20):2525–2532.  |doi|.
  9. Ernst A. And this is why we might as well forget about Chinese acupuncture trials. edzardernst.com. 27 may 2014.  |URL|.
  10. Sena ES, van der Worp HB, Bath PM, Howells DW, Macleod MR. Publication bias in reports of animal stroke studies leads to major overstatement of efficacy. PLoS Biol. 2010;8(3):e1000344.  |doi|.


Mots-clés : Acupuncture expérimentale - Neurologie - Revue systématique