L’European Association of Urology (EAU) a émis des recommandations fortes avec haut niveau de preuve pour l’acupuncture dans la prostatite chronique et le syndrome douloureux pelvien chronique (PC/SDPC) [1,2].

 Ces recommandations étaient basées sur deux revues systématiques publiées en 2016 [3,4] mettant en évidence la supériorité sur l’acupuncture sur l’acupuncture factice. Ces résultats ont été confirmés par une revue de la Cochrane de 2018 [5] ainsi qu’une autre plus récente de 2020 [6].

Mais la question se pose pour le praticien du protocole le plus approprié dans la prise en charge du PC/SDPC.  De 1997 à 2020, 33 essais contrôlés randomisés ont été publiés [7], dont seulement six en anglais qui ont constitué le noyau central des revues systématiques [813].

Deux essais sont chinois, deux turcs, un coréen et un d’une coopération USA-Malaisie. Nous rapportons dans la figure 1 les protocoles d’acupuncture utilisés.

Figure 1. Protocole d’acupuncture des six essais contrôlés randomisés publiés en anglais [7].

Les points


Un choix de points se fait logiquement sur les données de la littérature, l’expérience et les préférences du praticien. Nous ne disposons pas d’étude clinique  comparant l’efficacité de différents groupes de points.  Sur les six essais, un seul utilise les points sacrés isolément [9], et inversement une seule étude ne comporte pas de point sacré [12]. Le protocole le plus usuel combine des points distaux au membre inférieur et des points sacrés associés ou non à des points sous-ombilicaux ou périnéal (huiyin, 1VC). Les points distaux sont essentiellement des points du méridien de la Rate (sanyinjiao, 6Rte et yinlingquan, 9Rte). L’association de points sacrés et de points sous-ombilicaux a l’inconvénient de contraindre à une position du patient en décubitus latéral et à augmenter le nombre de punctures sans supériorité démontrée.

Technique


Dans une étude le deqi n’est pas mentionné [11]. Dans une autre la recherche du deqi est expressement non effectuée pour une raison méthodologique, en fait peu légitime (étude versus acupuncture factice [12]). Zhou Minjie et coll. insistent sur l’irradiation du deqi au périnée et à l’urètre [9]. Une étude comparée montre effectivement la supériorité du deqi irradié par rapport à un simple deqi local [14]. L’irradiation est obtenue par une manipulation d’enfoncement-retrait et rotation de l’aiguille jusqu’à son obtention, et maintenue ensuite une minute.

Dans les deux dernières études chinoises [8, 9] il est utilisé la puncture profonde au niveau des points sacrés (> 50 mm). Cette technique apparait actuellement comme la plus commune, observée également par exemple dans l’incontinence urinaire [15] ou la rétention du post-partum [16].

L’électroacupuncture est utilisée dans le moitié des études, mais dans les cas d’acupuncture manuelle observons une réinduction du deqi toutes les 10 minutes.

Séances


Le nombre de séance varie de 6 à 24 séances sur 2 à 10 semaines. Sur la douleur chronique il est montré la nécessité d’un traitement sur cinq semaine pour obtenir 80% de l’effet maximal [17]. Une revue systématique a également montré que le traitement dans la prostatite chronique / syndrome douloureux pelvien chronique nécessitait au moins 6 séances et que l’effet maximal était obtenu en 8-12 séances [18] (fig. 2).

Une durée de séance de 20 à 30 minutes apparait consensuelle.

Figure 2. Traitement par acupuncture  de la prostatite chronique / syndrome douloureux pelvien chronique (PC/SDPC).  Évolution du NIH-CPSI (National Institutes of Health Chronic Prostatitis Symptom Index)  au cours des séances. L’effet maximal est obtenu en 8-12 séances [18].

Préconisations


Figure 3. Préconisations pour le traitement par acupuncture de la prostatite chronique / syndrome douloureux pelvien chronique.

Sophie Lison et Johan Nguyen

Références


  1. Engeler D, Baranowski AP, Borovicka J et al. EAU Guidelines on Chronic Pelvic Pain, European Association of Urology (EAU). 2018. [207489]. |doi|.
  2. Nguyen J. Prostatite chronique et syndrome douloureux pelvien chronique : recommandation forte de l’acupuncture par l’European Association of Urology (EAU) avec haut niveau de preuve. Acupuncture, Preuves & Pratiques. Septembre 2020. |URL|.
  3. Qin Z, Wu J, Zhou J, Liu Z. Systematic Review of Acupuncture for Chronic Prostatitis/Chronic Pelvic Pain Syndrome. Medicine (Baltimore). 2016;95(11):e3095. [166513]. |doi|.
  4. Chang SC, Hsu CH, Hsu CK, Yang SS, Chang SJ. The efficacy of acupuncture in managing patients with chronic prostatitis/chronic pelvic pain syndrome: A systemic review and meta-analysis. Neurourol Urodyn. 2016;1-8. [52573]. |doi|.
  5. Franco JV, Turk T, Jung JH, Xiao YT, Iakhno S, Garrote V, Vietto V. Non-pharmacological interventions for treating chronic prostatitis/chronic pelvic pain syndrome. Cochrane Database Syst Rev. 2018. [100563]. |doi|.
  6. Li J, Dong L, Yan X, et al. Is Acupuncture Another Good Choice for Physicians in the Treatment of Chronic Prostatitis/Chronic Pelvic Pain Syndrome? Review of the Latest Literature. Pain Res Manag. 2020;:5921038. [135945].  |doi|.
  7. Nguyen J, Truong H. Prostatite chronique et syndrome douloureux pelvien chronique : évaluation de l’acupuncture. Centre de Preuves en Acupuncture. Décembre 2020.  |URL|.
  8. Qin Z, Zang Z, Zhou K, Wu J, Zhou J, Kwong JSW, Liu Z. Acupuncture for Chronic Prostatitis/Chronic Pelvic Pain Syndrome: A Randomized, Sham Acupuncture Controlled Trial. J Urol. 2018;200(4):815-822. [197939].  |doi|.
  9. Zhou M, Yang M, Chen L, Yu C, Zhang W, Ji J, Chen C, Shen X, Ying J. The effectiveness of long-needle acupuncture at acupoints BL30 and BL35 for CP/CPPS: a randomized controlled pilot study. BMC Complement Altern Med. 2017;17:263. [195111].  |doi|.
  10. Sahin S, Bicer M, Eren GA, Tas S, Tugcu V, Tasci AI, Cek M. Acupuncture relieves symptoms in chronic prostatitis/chronic pelvic pain syndrome: a randomized, sham-controlled trial. Prostate Cancer Prostatic Dis. 2015;18(3):249-54. [186475].  |doi|.
  11. Kuçuk EV, Suçeken FY, Bindayı A, Boylu U, Onol FF, Gumus E. Effectiveness of acupuncture on chronic prostatitis–chronic pelvic pain syndrome category IIIB patients: a prospective, randomized, nonblinded, clinical trial. Urology 2015; 85: 636–40. [177797]. |doi|.
  12. Lee SW, Liong ML, Yuen KH et al. Acupuncture versus sham acupuncture for chronic prostatitis/chronic pelvic pain. Am J Med 2008; 121: 79.e1–7 [147616].  |doi|.
  13. Lee SH, Lee BC. Electroacupuncture relieves pain in men with chronic prostatitis/chronic pelvic pain syndrome: three-arm randomized trial. Urology 2009; 73: 1036–41 [152815]. |doi|.
  14. Shu-Ren Miing,Yu-Lin Fu,Wen-Guang Hou,Yue-Lai Chen. The effect of sensation of transmission along meridian acupuncture for chronic nonbacterial prostatitis. World Journal of Acupuncture-Moxibustion. 2019;29(2):113. [202965]. | doi |.
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  17. Nguyen J. Douleur chronique : quelle est la durée optimale du traitement par acupuncture ? Acupuncture Preuves & Pratiques. Octobre 2020. | URL |.
  18. Qin Z, Wu J, Xu C, Liu Z. Using meta-regression approach to explore the dose-response association between acupuncture sessions and acupuncture effects on chronic prostatitis/chronic pelvic pain syndrome. Ann Transl Med. 2019;7(6):116.   [197850]. | doi |.


Mots-clés : Douleur - Protocole optimal - Urologie