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221- L’acupuncture option thérapeutique dans les douleurs pelviennes chroniques chez l’homme : les recommandations de l’American Urological Association 2025

Lai HH, Pontari MA, Argoff CE, Bresler L, Breyer BN, Chou R, Clemens JQ, De EJ, Doiron RC, Johnson D, Kirkby E, MacDonald SM, Osborne JH, Parekattil SJ, Shelly B. Male Chronic Pelvic Pain: AUA Guideline: Part II Treatment of Chronic Prostatitis/Chronic Pelvic Pain Syndrome. J Urol. 2025 Apr 17:101097JU0000000000004565. https://doi.org/10.1097/ju.0000000000004565
1 – Contexte

En 2025, l’American Urological Association (AUA), l’une des principales institutions de référence en urologie, a publié un guideline consacré aux douleurs pelviennes chroniques masculines, en particulier de la prostatite chronique / syndrome douloureux pelvien chronique (PC/SDPC). Ce document recommande une approche multimodale associant traitements pharmacologiques, prise en charge psychologique et interventions physiques. L’acupuncture y est intégrée parmi les options thérapeutiques proposées, sur la base d’une revue systématique de la littérature actualisée jusqu’en 2024.

2 – Recommandations relatives à l’acupuncture
Prostatite chronique / syndrome douloureux pelvien chronique (PC/SDPC)
Recommandation 28 — Acupuncture. Les cliniciens peuvent proposer l’acupuncture aux patients présentant une prostatite chronique / syndrome de la douleur pelvienne chronique (PC/SDPC).
Recommandation conditionnelle
Grade B
Douleurs scrotales chroniques (DSC)
Recommandation 36 — Les cliniciens peuvent proposer aux patients présentant des douleurs scrotales chroniques (DSC) une prise en charge par acupuncture et rééducation du plancher pelvien.
Avis d’expert
3 – Argumentaire (traduction intégrale)
Prostatite chronique / syndrome douloureux pelvien chronique (PC/SDPC).

L’acupuncture est un traitement largement étudié, facilement disponible et accessible. Il s’agit de l’une des plus anciennes modalités thérapeutiques, supposée soulager la douleur par plusieurs mécanismes, notamment la libération d’endorphines endogènes, des effets tissulaires locaux, une neuromodulation et des effets anti-inflammatoires (par exemple la réduction des cytokines inflammatoires).

Sun et al. ont rapporté des résultats positifs dans un récent essai multicentrique randomisé contrôlé contre acupuncture simulée, évaluant l’efficacité de l’acupuncture dans le traitement du syndrome douloureux pelvien chronique/prostatite chronique (CP/CPPS)171. Une caractéristique notable de cet essai contrôlé randomisé réside dans le nombre élevé de patients inclus, l’étude étant nettement plus importante que les autres essais randomisés disponibles dans la littérature. L’étude a été menée dans 10 hôpitaux tertiaires en Chine.
Au total, 440 hommes atteints de CP/CPPS ont été randomisés selon un ratio 1:1 afin de recevoir soit vingt séances de 30 minutes d’acupuncture, soit une fausse acupuncture, sur une période de 8 semaines. L’âge moyen était de 36 ans dans chaque groupe et tous les participants présentaient un score NIH-CPSI minimal de 15 (score moyen de 31 dans les deux groupes). Les traitements étaient réalisés par des acupuncteurs certifiés et expérimentés. Les résultats ont été évalués 24 semaines après la fin du traitement. La réponse thérapeutique était définie par une diminution ≥ 6 points du score total NIH-CPSI.
Aux semaines 8 et 32, l’acupuncture a montré un bénéfice statistiquement significatif par rapport au traitement simulé, avec des taux de réponse de 60,6 % et 61,5 % respectivement dans le groupe acupuncture active, contre 36,8 % et 38,3 % dans le groupe fausse acupuncture (p<0,001 aux semaines 8 et 32).Les limites de cette étude incluent l’absence de véritable placebo, car il est très difficile de concevoir un bras simulé totalement inerte pour cette modalité thérapeutique. Ainsi, l’acupuncture simulée a pu induire certains effets physiologiques. De plus, l’étude a été réalisée en Chine où l’acupuncture est une modalité thérapeutique largement acceptée et où des praticiens expérimentés sont facilement disponibles. La population étudiée pourrait donc ne pas refléter la population habituelle des patients américains.

Une méta-analyse contemporaine de Pan et al. soutient également l’utilisation de l’acupuncture dans la PC/SDPC172. Cette étude a analysé les données de 10 essais contrôlés randomisés, dont 8 réalisés en Chine, un en Malaisie et un en Turquie. Comparée à la fausse acupuncture, l’acupuncture a montré une amélioration plus importante des scores NIH-CPSI totaux (-6,41 ; IC 95 % : -7,53 à -5,29 ; p<0,00001), de la douleur (-2,29 ; IC 95 % : -2,99 à -1,59 ; p<0,00001), des symptômes urinaires (-1,68 ; IC 95 % : -2,04 à -1,32 ; p<0,00001) et des scores de qualité de vie (-2,52 ; IC 95 % : -3,64 à -1,40 ; p<0,0001).Comparée aux traitements médicamenteux occidentaux, l’acupuncture a également montré une amélioration plus importante du score total NIH-CPSI (-3,82 ; IC 95 % : -6,54 à -1,11 ; p=0,006) ainsi que des sous-scores de douleur (-2,31 ; IC 95 % : -3,43 à -1,19 ; p<0,0001). Un seul essai contrôlé randomisé rapportait les résultats concernant la qualité de vie (-1,98 ; IC 95 % : -3,12 à -0,84 ; p=0,0007) ainsi que les sous-scores urinaires, sans différence significative entre les groupes pour ces derniers (-1,21 ; IC 95 % : -2,48 à 0,06 ; p=0,06).

Une autre méta-analyse contemporaine de Qin et al., incluant l’analyse de 12 essais contrôlés randomisés issus de 9 bases de données électroniques, soutient également l’utilisation de l’acupuncture chez les patients atteints de PC/SDPC173. Les aiguilles étaient placées en plusieurs sites le long des méridiens et pas nécessairement dans la région pelvienne. Comparée à la fausse acupuncture simulée, l’acupuncture a montré une amélioration plus importante des scores NIH-CPSI totaux (SMD : -1,20 ; IC 95 % : -1,69 à -0,71 ; p<0,05), de la douleur (SMD : -0,93 ; IC 95 % : -1,43 à -0,44 ; p<0,05), des symptômes urinaires (SMD : -0,76 ; IC 95 % : -1,06 à -0,45 ; p<0,05) et des scores de qualité de vie (SMD : -0,75 ; IC 95 % : -1,03 à -0,47 ; p<0,05). Comparée aux traitements médicamenteux, l’acupuncture a également montré une amélioration plus importante des scores NIH-CPSI totaux (SMD : -1,01 ; IC 95 % : -1,63 à -0,38 ; p<0,05), des scores de douleur (SMD : -1,04 ; IC 95 % : -1,29 à -0,79 ; p<0,05) et des scores de qualité de vie (SMD : -0,68 ; IC 95 % : -1,27 à -0,09 ; p<0,05), mais sans différence statistiquement significative concernant les sous-scores urinaires (SMD : 0,35 ; IC 95 % : -0,57 à 1,28 ; p>0,05). Neuf essais contrôlés randomisés rapportaient le taux de réponse globale (GRA). L’acupuncture était significativement supérieure aux traitements médicamenteux (OR = 3,55 ; IC 95 % : 1,70 à 7,40 ; p<0,05) ainsi qu’à la fausse acupuncture (OR = 5,15 ; IC 95 % : 2,21 à 12,01 ; p<0,05) concernant ce critère. De plus, les résultats de quatre essais indiquaient que l’acupuncture était supérieure à la fausse acupuncture pour diminuer le score IPSS.

Aucun effet indésirable grave n’a été observé dans les groupes traités par acupuncture172,173. La majorité des effets indésirables rapportés correspondaient à de légers hématomes sous-cutanés.

En résumé, plusieurs essais contrôlés randomisés ainsi que deux méta-analyses contemporaines indiquent que l’acupuncture constitue un traitement efficace de la PC/SDPC, en particulier pour le soulagement de la douleur. Une prise en charge acupuncturale globale adaptée aux symptômes individuels devrait être envisagée dans les futures pratiques cliniques et les futurs essais consacrés à la PC/SDPC. Les contre-indications relatives comprennent notamment les dispositifs cardiaques implantables, les troubles convulsifs, ainsi que l’immunodépression et les troubles de la coagulation.

171. Sun Y, Liu Y, Liu B, et al. Efficacy of Acupuncture for Chronic Prostatitis/Chronic Pelvic Pain Syndrome: A Randomized Trial. Ann Intern Med. 2021;174:1357-1366. https://doi.org/10.7326/m21-1814
172. Pan J, Jin S, Xie Q, et al. Acupuncture for Chronic Prostatitis or Chronic Pelvic Pain Syndrome: An Updated Systematic Review and Meta-Analysis. Pain Res Manag. 2023;2023:7754876. https://doi.org/10.1155/2023/7754876
173. Qin Z, Guo J, Chen H, Wu J. Acupuncture for Chronic Prostatitis/Chronic Pelvic Pain Syndrome: A GRADE-assessed Systematic Review and Meta-analysis. Eur Urol Open Sci. 2022;46:55-66. https://doi.org/10.1016/j.euros.2022.10.005
Douleur scrotale chronique (CSCP).

Bien que les preuves soutenant l’acupuncture dans le CP/CPPS soient solides, elles restent moins concluantes concernant la douleur scrotale chronique (CSCP). Zhong et al. ont rapporté des résultats positifs dans un petit essai pragmatique comparant une électroacupuncture associée à l’amitriptyline versus des suppositoires rectaux d’indométacine associés à l’amitriptyline219. Quatre-vingt-six cas d’orchialgie chronique ont été randomisés entre un groupe électroacupuncture (56 cas) et un groupe indométacine (30 cas). Les auteurs ont rapporté une amélioration des scores de douleur aux 3e, 7e, 10e et 14e jours après le traitement par acupuncture. Les données brutes, les informations détaillées concernant l’ajustement des doses médicamenteuses, la sélection des patients et le suivi clinique ne sont toutefois pas disponibles. Sur la base de ces données limitées, l’acupuncture associée aux soins habituels peut être proposée dans la prise en charge de la douleur liée au CSCP.

219. Zhong LJ, Wang J, Ding XH. [Therapeutic effect of electroacupuncture on chronic orchialgia]. Zhongguo Zhen Jiu. 2011;31:40-42.
4 – Synthèse : l'approche multimodale

Figure 1. Traitement de la prostatite chronique/syndrome de la douleur pelvienne chronique (PC/SDPC) selon les recommandations de l’American Urological Association (2025)

Le choix thérapeutique repose sur une concertation entre le patient et le clinicien. Une approche multimodale est encouragée et plusieurs traitements peuvent être associés de manière concomitante. L’acupuncture figure parmi les options proposées dans cette stratégie thérapeutique individualisée.

PC/SDPC : prostatite chronique/syndrome de la douleur pelvienne chronique ; EMG : électromyographie ; ESWT : thérapie extracorporelle par ondes de choc ; NSAID : anti-inflammatoires non stéroïdiens ; PFPT : rééducation du plancher pelvien ; TENS : neurostimulation électrique transcutanée.

Les douleurs pelviennes chroniques chez l'homme

Les recommandations de l’American Urological Association (AUA) consacrées aux douleurs pelviennes chroniques masculines [1] concernent principalement deux syndromes cliniques partiellement chevauchants : la prostatite chronique / syndrome douloureux pelvien chronique et les douleurs scrotales chroniques. Le guideline mentionne également le syndrome douloureux vésical masculin ou cystite interstitielle masculine, abordé dans un guideline AUA spécifique.

La prostatite chronique / syndrome douloureux pelvien chronique correspond aux catégories IIIA et IIIB de la classification NIH des prostatites. Elle est définie par la présence de douleurs ou d’une gêne dans la région pelvienne depuis au moins trois mois, en l’absence de cause identifiable expliquant la douleur. Les symptômes peuvent intéresser le périnée, la région sus-pubienne, les testicules ou le pénis, et être associés à des douleurs mictionnelles ou éjaculatoires.

Les douleurs scrotales chroniques, également appelées orchialgies chroniques, correspondent à des douleurs scrotales unilatérales évoluant depuis plus de trois mois et interférant avec les activités de la vie quotidienne.

Dans les essais thérapeutiques consacrés à la prostatite chronique / syndrome douloureux pelvien chronique, l’évaluation des symptômes repose principalement sur le score total NIH-CPSI (National Institutes of Health Chronic Prostatitis Symptom Index). Développé à la fin des années 1990 par le NIH, il constitue aujourd’hui l’instrument standard international d’évaluation de cette pathologie. Ce questionnaire comporte 13 items répartis en trois domaines — douleur, symptômes urinaires et retentissement sur la qualité de vie — pour un score total allant de 0 à 43, les scores les plus élevés correspondant aux formes les plus sévères. Une diminution du score traduit une amélioration clinique ; dans les essais récents, une réduction d’au moins 6 points est généralement considérée comme cliniquement significative.

L'évaluation de l'acupuncture

L’argumentaire du guideline met au premier plan l’essai randomisé de Sun et al., publié en 2021 [2] dans les Annals of Internal Medicine, revue médicale de référence. Cet essai multicentrique réalisé dans 10 hôpitaux chinois a inclus 440 patients atteints de prostatite chronique / syndrome douloureux pelvien chronique, ce qui en fait le plus large essai thérapeutique réalisé dans cette indication, toutes approches confondues. Les patients du groupe acupuncture présentaient une amélioration significativement supérieure à celle observée dans le groupe fausse acupuncture, suggérant une efficacité spécifique au-delà d’un simple effet contextuel ou placebo. L’amélioration observée était statistiquement significative et cliniquement pertinente, avec un taux de réponse supérieur dans le groupe acupuncture. Le bénéfice thérapeutique persistait également six mois après la fin du traitement.

L’argumentaire s’appuie également sur les deux revues systématiques les plus récentes. La méta-analyse de Pan et al. publiée en 2023 [3] a retenu uniquement des essais randomisés de bonne qualité méthodologique (score de Jadad ≥ 4). Elle regroupe 10 essais contrôlés randomisés totalisant 798 patients et montre une supériorité de l’acupuncture par rapport à la fausse acupuncture (6 ECR) et aux traitements médicaux conventionnels (4 ECR) sur plusieurs critères cliniques, notamment le score NIH-CPSI, la douleur, les symptômes urinaires, la qualité de vie et le taux de réponse.

Ces résultats sont concordants avec ceux de la revue systématique de Qin et al. publiée en 2022 [4], qui a inclus 12 essais randomisés totalisant 1188 patients. Ce travail a réalisé une évaluation du niveau de preuve selon la méthode GRADE. Les auteurs concluent que les données sont en faveur de l’acupuncture avec un niveau de preuve modéré — fait notable dans le champ des interventions non médicamenteuses — pour les comparaisons versus fausse acupuncture (6 ECR) et faible pour les comparaisons versus traitements médicamenteux conventionnels (8 ECR).

Dans la revue systématique de la Cochrane (Franco 2018 [5]), qui n’incluait pas encore l’essai de Sun et al. (2021), le niveau de preuve de l’acupuncture versus fausse acupuncture était évalué comme élevé (3 ECR). Ce résultat contraste avec le niveau de preuve très faible retrouvé pour les alpha-bloquants versus placebo dans la revue consacrée aux traitements médicamenteux (Franco 2019 [6]). Or les alpha-bloquants constituent précisément la classe médicamenteuse bénéficiant de la force de recommandation la plus élevée dans les recommandations 2025 de l’American Urological Association.

Le consensus international

Outre les recommandations de l'American Urological Association, trois autres référentiels récents ont abordé la question de l'acupuncture dans leur analyse. Tous la retiennent comme option thérapeutique (figure 2 [7]).

Figure 2. Consensus international pour l’intégration de l’acupuncture dans la prise en charge de la prostatite chronique/syndrome douloureux pelvien chronique. (source : Evidence in Acupuncture 2026).

Les Clinical Knowledge Summaries (CKS) du National Institute for Health and Care Excellence [8] sont régulièrement actualisés. L’acupuncture y est intégrée depuis la version de 2019, alors qu’elle n’était pas retenue dans celle de 2010. Les recommandations de l’European Association of Urology [9], révisées annuellement depuis 2010, mentionnaient déjà l’acupuncture dès leur première édition avec un niveau de preuve 2a–3, comme traitement de seconde ligne. Depuis 2018, elle bénéficie du niveau de preuve maximal (1a), avec la formulation explicite : « L’acupuncture est supérieure à la fausse acupuncture pour l’amélioration des symptômes et de la qualité de vie », ainsi que d’une recommandation forte, correspondant au plus haut niveau de recommandation. Cette étape a marqué un tournant important dans l’histoire de l’acupuncture fondée sur les preuves [10].

Le protocole d'acupuncture

Nous avons analysé dans un précédent article les protocoles d’acupuncture utilisés dans six essais contrôlés randomisés [11] et formulé des préconisations (figure 3). Celles-ci correspondent en grande partie au protocole retenu dans l’étude de Sun et al. (2021 [2]), fondé sur une puncture profonde des points 33V et 35V associée aux points 23V et 6Rte.

Figure 3. Préconisations pour le traitement par acupuncture de la prostatite chronique / syndrome douloureux pelvien chronique (Lison S et al., 2021).

Une revue récente et plus complète (Zhang 2024 [12]) a analysé 106 études cliniques publiées jusqu' en novembre 2023, afin d’identifier les points d’acupuncture les plus utilisés dans les protocoles de traitement de la PC/SDPC. En appliquant le seuil statistique défini par la loi de Price, les auteurs ont retenu 19 points considérés comme des points à haute fréquence d’utilisation, avec un noyau dominant constitué des 3VC, 6Rte et 4VC (figure 4).

Figure 4. Fréquence d’utilisation des principaux points d’acupuncture dans les études cliniques sur la prostatite chronique / syndrome douloureux pelvien chronique (PC/SDPC) (d’après Zhang et al., 2024).

Dans une méta-analyse en réseau portant sur 67 essais contrôlés randomisés totalisant 5961 patients, la puncture profonde au niveau sacré occupait le premier rang dans l’analyse SUCRA (88,7 %), c’est-à-dire qu’elle présentait la plus forte probabilité d’être la modalité d’acupuncture la plus efficace parmi toutes celles comparées (Qin 2025 [13]). Ces résultats soulignent l’intérêt de cette technique dans les pathologies pelviennes [14, 15].

Le mécanisme d'action

Les mécanismes d’action de l’acupuncture dans la PC/SDPC ont fait l’objet d’une revue narrative publiée en 2021 par Wu et al [16]. Cette synthèse a recensé 27 études animales publiées entre 1998 et 2021 afin d’analyser les principaux effets biologiques de l'acupuncture (figure 5) mis en évidence dans différents modèles expérimentaux de PC/SDPC.

Comme le résume la figure 6, les auteurs proposent une vision multifactorielle des mécanismes d’action de l’acupuncture dans la PC/SDPC. Ils soulignent également que la PC/SDPC est une pathologie complexe associant inflammation chronique, anomalies immunitaires, dérèglements neurovégétatifs et troubles microcirculatoires. Dans cette perspective, l’acupuncture pourrait agir simultanément sur plusieurs voies biologiques impliquées dans les douleurs pelviennes et les symptômes urinaires.

Figure 5. Localisation des principaux points d’acupuncture utilisés dans les études expérimentales animales sur la prostatite chronique / syndrome douloureux pelvien chronique (PC/SDPC) (d’après Wu et al., 2021).

Figure 6. Mécanismes biologiques de l’acupuncture dans la prostatite chronique / syndrome douloureux pelvien chronique (PC/SDPC) (d’après Wu et al., 2021).

Le schéma illustre les principaux mécanismes physiopathologiques impliqués dans la PC/SDPC — anomalies structurales prostatiques, dérèglements immunitaires et endocriniens, modifications cytokiniques, troubles microcirculatoires, stress oxydatif ou dysfonction vésicale — ainsi que les principaux effets biologiques de l’acupuncture mis en évidence dans les études expérimentales animales. L’acupuncture pourrait notamment réduire l’inflammation, moduler les réponses immunitaires, améliorer la microcirculation et le métabolisme énergétique, diminuer le stress oxydatif et restaurer certaines fonctions prostatiques et vésicales, contribuant ainsi à l’amélioration des symptômes cliniques et de la qualité de vie.

Les recommandations 2025 de l’American Urological Association (AUA) intègrent l’acupuncture parmi les options thérapeutiques de la PC/SDPC. Elles s’inscrivent dans un consensus international désormais établi sur cette indication.

Elles s’appuient notamment sur le grand essai multicentrique de Sun et al. (2021), versus fausse acupuncture, qui constitue à ce jour le plus vaste essai thérapeutique réalisé dans la PC/SDPC, toutes interventions confondues.

Deux méta-analyses récentes confirment une efficacité spécifique de l’acupuncture au-delà de l'effet placebo, déjà mise en évidence par une revue Cochrane de 2018, avec un niveau de preuve GRADE supérieur à celui des traitements médicamenteux recommandés.

Un corpus croissant de données expérimentales animales soutient la plausibilité biologique de l’acupuncture dans la PC/SDPC.

L’ensemble de ces données contribue à faire de la PC/SDPC l’une des indications les plus solidement documentées de l’acupuncture fondée sur les preuves.

Dr Johan Nguyen

Références

  1. Lai HH, Pontari MA, Argoff CE, Bresler L, Breyer BN, Chou R, Clemens JQ, De EJ, Doiron RC, Johnson D, Kirkby E, MacDonald SM, Osborne JH, Parekattil SJ, Shelly B. Male Chronic Pelvic Pain: AUA Guideline: Part II Treatment of Chronic Prostatitis/Chronic Pelvic Pain Syndrome. J Urol. 2025 Apr 17:101097JU0000000000004565. https://doi.org/10.1097/ju.0000000000004565 🔓
  2. Sun Y, Liu Y, Liu B, et al. Efficacy of Acupuncture for Chronic Prostatitis/Chronic Pelvic Pain Syndrome: A Randomized Trial. Ann Intern Med. 2021;174:1357-1366. https://doi.org/10.7326/m21-1814
  3. Pan J, Jin S, Xie Q, et al. Acupuncture for Chronic Prostatitis or Chronic Pelvic Pain Syndrome: An Updated Systematic Review and Meta-Analysis. Pain Res Manag. 2023;2023:7754876. https://doi.org/10.1155/2023/7754876 🔓
  4. Qin Z, Guo J, Chen H, Wu J. Acupuncture for Chronic Prostatitis/Chronic Pelvic Pain Syndrome: A GRADE-assessed Systematic Review and Meta-analysis. Eur Urol Open Sci. 2022;46:55-66. https://doi.org/10.1016/j.euros.2022.10.005 🔓
  5. Franco JV, Turk T, Jung JH, Xiao YT, Iakhno S, Garrote V, Vietto V. Non-pharmacological interventions for treating chronic prostatitis/chronic pelvic pain syndrome. Cochrane Database Syst Rev. 2018 May 12;5(5):CD012551. https://doi.org/10.1002/14651858.cd012551.pub3 🔓
  6. Franco JV, Turk T, Jung JH, Xiao YT, Iakhno S, Tirapegui FI, Garrote V, Vietto V. Pharmacological interventions for treating chronic prostatitis/chronic pelvic pain syndrome. Cochrane Database Syst Rev. 2019 Oct 6;10(10):CD012552. https://doi.org/10.1002/14651858.cd012552.pub2 🔓
  7. Nguyen J, Truong H. Chronic Prostatitis/Chronic Pelvic Pain Syndrome. Evidence in Acupuncture. April 2026. https://ebm.wiki-mtc.org/CP/SDPC 🔓
  8. National Institute for Health and Care Excellence. Prostatitis - chronic. Clinical Knowledge Summaries. Last revised June 2024. https://cks.nice.org.uk/topics/prostatitis-chronic/ 🔓
  9. European Association of Urology. EAU Guidelines on Chronic Pelvic Pain. Arnhem: European Association of Urology; 2026. https://uroweb.org/guidelines/chronic-pelvic-pain 🔓
  10. Nguyen J. Prostatite chronique et syndrome douloureux pelvien chronique : recommandation forte de l’acupuncture par l’European Association of Urology (EAU) avec haut niveau de preuve. Acupuncture Preuves & Pratiques. Septembre 2020. https://gera.fr/prostatite-chronique-et-syndrome-douloureux-pelvien-chronique-recommandation-forte-de-lacupuncture 🔓
  11. Lison S, Nguyen J. Acupuncture et prostatite chronique / syndrome douloureux pelvien chronique : quel protocole ? Acupuncture Preuves & Pratiques. Janvier 2021. https://gera.fr/acupuncture-et-prostatite-chronique/ 🔓
  12. Zhang F, Fan Y, Miao F, He Y. [Exploration on the acupoint selection law of acupuncture in treating chronic prostatitis/chronic pelvic pain syndrome based on data mining]. Chin J Inf Tradit Chin Med. 2024;31(10):46-53.
  13. Qin P, Cao X, Ni H, Yang L, Tong Y, Dang M, Xu J. Efficacy of Different Acupuncture Therapies for Chronic Prostatitis/Chronic Pelvic Pain Syndrome: A Network Meta-Analysis. J Pain Res. 2025 Jul 17;18:3653-3673. https://doi.org/10.2147/JPR.S530646 🔓
  14. Nguyen J. La précision de puncture a-t-elle un impact sur les résultats cliniques ? Janvier 2026. Acupuncture Preuves & Pratiques.https://gera.fr/la-precision-de-puncture-a-t-elle-un-impact-sur-les-resultats-cliniques/ 🔓
  15. Nguyen J, Pernice C. « Piquer au-dessus du sacrum avec une longue aiguille » (Lingshu ch.22 §19). Acupuncture Preuves & Pratiques. Mai 2025. https://gera.fr/piquer-au-dessus-du-sacrum-avec-une-longue-aiguille/ 🔓
  16. Wu X, Cheng K, Xu C, Liu S, Sun Q, Yang Z, Dai X, Li N. Mechanism of Acupuncture and Moxibustion on Chronic Prostatitis/Chronic Pelvic Pain Syndrome: A Narrative Review of Animal Studies. Pain Res Manag. 2021 Dec 8;2021:2678242. https://doi.org/10.1155/2021/2678242 🔓

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Mots-clés : Recommandation de bonne pratique - Urologie


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