
Étude préclinique mécanistique
Wu C1,2, Wang Q1,2, Xu Z3, Deng C4, Tang C4. Bioinformatics analysis of electroacupuncture treatment for ischemic stroke: exploring transcriptional regulatory mechanisms mediated by super-enhancers. Front Neurosci. 2025 Mar 5;19:1522466. https://doi.org/10.3389/fnins.2025.1522466🔓 |
2Shenzhen Clinical College of Integrated Chinese and Western Medicine, Guangzhou University of Chinese Medicine, Shenzhen, Guangdong, China.
3The Affiliated Traditional Chinese Medicine Hospital, Guangzhou Medical University, Guangzhou, Guangdong, China.
4Clinical Medical of Acupuncture, Moxibustion and Rehabilitation, Guangzhou University of Chinese Medicine, Guangzhou, Guangdong, China.
Contexte
L’accident vasculaire cérébral ischémique (AVC) est une cause majeure de handicap et de décès. Les traitements actuels ne permettent pas toujours de réparer les lésions cérébrales. Il devient donc urgent de trouver de nouvelles approches thérapeutiques. L’électroacupuncture a montré un certain potentiel pour favoriser la récupération.
Objectif
L'étude vise à comprendre comment l’électroacupuncture agit au niveau génétique pour réparer le cerveau après un AVC. Les chercheurs se sont intéressés à des régions particulières du génome appelées super-enhancers, véritables “amplificateurs” de l’activité de certains gènes clés, notamment dans les maladies neurologiques.
Méthode
Un modèle murin d’AVC ischémique a été utilisé, avec un groupe témoin (AVC seul) et un groupe recevant un traitement par électroacupuncture. L’évaluation a reposé sur :
- L’analyse de l’expression génique par RNA-seq.
- L’identification des zones actives du génome par ChIP-seq ciblant la marque H3K27ac.
- L’analyse de l’expression protéique dans le cerveau lésé.
- L’évaluation des capacités motrices et comportementales des animaux.
Pour un descriptif détaillé des étapes, voir la section « Processus expérimental et analytique de l’étude ».
Acupuncture
Principaux résultats
- Amélioration clinique : les souris traitées par électroacupuncture récupèrent mieux leurs fonctions motrices (tests de coordination et comportement).
- Réduction des lésions cérébrales : moins de neurones sont détruits dans le groupe traité.
- Régulation des super-enhancers : 77 super-enhancers sont actifs dans le groupe électroacupuncture, contre 403 dans le groupe AVC non traité. Cela montre que le traitement modifie la manière dont les gènes sont activés ou désactivés.
- Un gène clé identifié : HDAC7. Ce gène, associé à l’inflammation et au stress cellulaire, est fortement activé après un AVC, mais son expression est diminuée par l’électroacupuncture. Il est considéré comme une cible prometteuse pour de futurs traitements.
- Mécanismes épigénétiques et transcriptionnels. Les chercheurs ont identifié un petit groupe de facteurs de transcription centraux (SOX8, KLF13, FOXK1...) impliqués dans le contrôle de l’expression de gènes importants. Ces circuits régulateurs semblent également influencés par l’électroacupuncture.
Conclusion
L’étude met en évidence des mécanismes moléculaires impliquant des super-enhancers, ouvrant des perspectives thérapeutiques pour le traitement de l’AVC ischémique par acupuncture.
Processus expérimental et analytique de l’étude
- Induction de l’AVC et traitement par électroacupuncture. Un AVC ischémique est induit chez des souris par occlusion de l’artère cérébrale moyenne (MCAO). Une partie des animaux reçoit ensuite un traitement par électroacupuncture, appliqué selon un protocole standardisé afin d’évaluer son impact sur la récupération neurologique.
- Évaluation clinique et histologique. Les capacités motrices et neurologiques des souris sont évaluées par des tests comportementaux. Des analyses histologiques sont réalisées sur les tissus cérébraux afin de quantifier les lésions neuronales et d’observer les altérations tissulaires liées à l’AVC.
- Analyse des modifications génétiques et épigénétiques. Les tissus cérébraux des souris sont analysés avec deux technologies :
- ChIP-seq, ciblant la marque H3K27ac, permet de localiser les super-enhancers actifs, c’est-à-dire les régions du génome impliquées dans la régulation des gènes.
- RNA-seq, permet de mesurer les niveaux d’expression des gènes, pour identifier ceux qui sont activés ou réprimés par le traitement.
- Identification des gènes associés aux super-enhancers. Les données issues du ChIP-seq et du RNA-seq sont croisées pour identifier les gènes régulés par les super-enhancers. Ces gènes sont considérés comme des cibles potentielles de l’électroacupuncture dans la modulation des effets de l’AVC.
- Sélection de la cible HDAC7 par analyse croisée. L’analyse révèle que HDAC7 est un gène fortement influencé par l’électroacupuncture. Ce gène est connu pour jouer un rôle dans l’inflammation et la mort neuronale après un AVC. L’électroacupuncture semble agir en réduisant son activation.
- Validation expérimentale de l’inhibition de HDAC7. Pour confirmer ces résultats, des analyses biologiques complémentaires sont réalisées :
- Immunofluorescence et Western blot montrent que la protéine HDAC7 est moins exprimée dans le cerveau des souris traitées par électroacupuncture.
- L’analyse épigénétique révèle que l’activité des super-enhancers associés à HDAC7 est également réduite.
- Analyse fonctionnelle des gènes cibles. L’ensemble des gènes identifiés est soumis à une analyse fonctionnelle à l’aide des bases de données GO et KEGG. Cette étape permet de faire émerger les voies biologiques spécifiques influencées par l’électroacupuncture, en particulier celles impliquées dans l’inflammation, la survie neuronale et la plasticité.
- Exploration des circuits de régulation génétique. Des algorithmes de type machine learning (Random Forest et Friends Analysis) sont utilisés pour modéliser les réseaux de régulation transcriptionnelle impliqués. Cette analyse met en évidence plusieurs facteurs de transcription susceptibles de jouer un rôle central dans les effets de l’électroacupuncture après un AVC.
À retenir
- ✅ L’étude montre que l’électroacupuncture améliore la récupération après un AVC en agissant directement sur l’expression de gènes-clés comme HDAC7, via la régulation des super-enhancers. Elle modifie ainsi en profondeur l’épigénétique et les circuits de régulation génétique liés à l’inflammation et à la neuroprotection.
- ✅ Cette approche illustre l’évolution remarquable des recherches sur l’acupuncture, qui s’inscrivent désormais dans le champ de la biologie moléculaire et de la génomique fonctionnelle. Ces travaux, méthodologiquement robustes, méritent d’être suivis avec attention tant pour leurs apports fondamentaux que pour leurs implications cliniques potentielles.
Dr Johan Nguyen
Mots-clés : Acupuncture expérimentale- mécanismes d'action - Neurologie