
Soupçons de fraudes scientifiques au sommet de la recherche chinoise
Dans un article publié le 10 juin 2026 [1], Le Monde relate les révélations de Geng Hongwei (connu sur les réseaux sociaux sous le pseudonyme Geng Tongxue), ancien doctorant en biologie et vulgarisateur scientifique devenu lanceur d'alerte. Entre avril et mai 2026, il a publié plusieurs vidéos mettant en cause des articles signés par des chercheurs appartenant à des universités parmi les plus prestigieuses de Chine, notamment Tongji (Shanghai), Sun Yat-sen (Canton) et Nankai (Tianjin). Cinq de ces articles avaient été publiés dans Nature ou dans d'autres revues du groupe Springer Nature, qui a ouvert des investigations.
Les anomalies relevées concernent principalement les données numériques. Geng Hongwei a identifié des décimales anormalement répétitives, des progressions arithmétiques parfaites, des courbes exceptionnellement régulières et des résultats incompatibles avec la variabilité normalement attendue pour des échantillons biologiques. Il s'est appuyé sur une analyse minutieuse des publications, sur les signalements déposés sur la plateforme PubPeer et sur des outils d'intelligence artificielle pour étayer ses soupçons.
L'affaire a pris une dimension nationale après les déclarations du professeur Rao Yi, président de l'université médicale de Pékin. Lors d'une conférence consacrée à l'avenir de la science chinoise, celui-ci a dénoncé ce qu’il décrit comme un « record mondial des manquements académiques » et une « falsification quasi industrielle » des publications scientifiques. Selon lui, le système actuel, qui conditionne largement les financements publics, les promotions et les distinctions honorifiques au nombre de publications et au prestige des revues, favorise les dérives, les réseaux de complaisance et la fraude scientifique.
L'article souligne que les révélations de Geng Hongwei n'ont pas été censurées dans un premier temps. L'agence officielle Chine nouvelle a même salué son travail, le présentant comme un « miroir flagrant des manquements du système » et contribuant ainsi à ouvrir un débat public sur l'intégrité scientifique et le fonctionnement des comités d'évaluation. Cette affaire intervient alors que la Chine fait de la recherche une priorité de son nouveau plan quinquennal (2026-2030) et investit massivement dans la recherche fondamentale.
Le Monde rappelle enfin que le problème n'est pas nouveau. En 2017, Springer Nature avait rétracté 107 articles provenant d'équipes chinoises et publiés dans la revue Tumor Biology, en raison de manipulations du processus d'évaluation par les pairs. Une enquête du ministère chinois des Sciences et des Technologies avait montré que 101 de ces articles reposaient sur des rapports d'expertise falsifiés et que 12 avaient été achetés « clé en main » auprès de tiers. Plus récemment, les données de Retraction Watch citées par Le Monde indiquent qu’en 2024, 2 980 des quelque 6 000 articles rétractés dans le monde étaient signés exclusivement par des chercheurs chinois. La particularité de l’affaire Geng Hongwei est que les soupçons portent sur des chercheurs appartenant à l’élite scientifique chinoise, parmi lesquels des titulaires de distinctions nationales et des responsables de grandes universités.
Enfin, si Geng Hongwei a d'abord bénéficié d'une large audience, son compte Douyin, suivi par près de deux millions d'abonnés, a ensuite été restreint : ses vidéos ne pouvaient plus être partagées ni recommandées, et ses revenus publicitaires ont été suspendus. Face à cette situation, il a publié un message déclarant : « Si je disparais complètement par la suite, sachez que je ne suis pas un lâche. »
Fraude scientifique, rétractation et biais
Fraude et méconduite scientifique
Les termes fraude scientifique, méconduite scientifique, inconduite scientifique ou, plus largement, manquement à l’intégrité scientifique recouvrent des périmètres variables. Les formes les plus caractéristiques sont la fabrication, la falsification des données et le plagiat. D’autres pratiques concernent le processus de publication : faux évaluateurs ou évaluations de complaisance, fausses signatures ou affiliations, publications multiples dissimulées, ou recours à des « usines à articles » (paper mills), qui produisent et vendent des articles scientifiques fabriqués.
Détection et traitement éditorial
Après publication, l’examen critique de la communauté scientifique peut mettre au jour des anomalies dans les données, les images ou le texte, notamment à l’aide d’outils automatisés de détection. Ces anomalies peuvent être signalées et discutées sur des plateformes comme PubPeer. La revue examine alors les faits et peut, en cas de doute sérieux, publier une expression de préoccupation (expression of concern), puis, selon les conclusions, une correction ou une rétractation. Retraction Watch recense et documente les rétractations et leurs motifs.
Rétractation ne signifie pas fraude
Une rétractation signifie que l’article ne peut plus être considéré comme suffisamment fiable. Elle peut résulter d’une fraude, mais aussi d’une erreur de bonne foi, d’un problème méthodologique majeur ou d’autres irrégularités non intentionnelles.
Fraude et biais ne sont pas synonymes
Un biais est une erreur systématique susceptible de déformer les résultats d’une étude — biais de sélection, de mesure, d’analyse ou de publication, par exemple. Il peut survenir sans intention de tromper. La fraude suppose au contraire une action délibérée visant à altérer les données, les résultats ou le processus scientifique. Une étude peut donc être fortement biaisée sans être frauduleuse.
Commentaires
Notre blog est consacré à l'analyse critique des publications scientifiques relatives à l'acupuncture et, plus largement, à la médecine chinoise. Une part importante des publications analysées provient de travaux réalisés en Chine. Les révélations de Geng Hongwei soulèvent donc une question qu'il serait difficile d'ignorer.
Ces révélations prennent place dans un contexte particulier : l’ascension spectaculaire de la Chine parmi les toutes premières puissances scientifiques mondiales, devant les États-Unis sur plusieurs indicateurs. Les données publiées en 2018 par la National Science Foundation américaine montraient qu'elle avait dépassé les États-Unis dès 2016 pour devenir le premier producteur mondial de publications en sciences et ingénierie (Tollefson 2018 [2], figure 1). En 2024, elle occupait également, en parité de pouvoir d’achat, la première place mondiale pour les dépenses de recherche et développement, devant les États-Unis ; les deux pays représentaient ensemble 59 % des dépenses mondiales de R&D (NCSES 2026 [3], figure 2). La place qu'occupe désormais la Chine dans la recherche mondiale confère aux questions d'intégrité scientifique une portée majeure pour l'ensemble de la communauté scientifique.
Figure 1. Évolution du nombre annuel de publications scientifiques entre 2003 et 2016 (Tollefson 2018).
La progression rapide de la Chine lui permet de dépasser les États-Unis en 2016 et de devenir le premier producteur mondial de publications scientifiques.
Figure 2. Dépenses de recherche et développement (R&D) des principaux pays et régions en 2024 (NCSES 2026).
Pour la première fois, la Chine devient le premier investisseur mondial en recherche et développement, devant les États-Unis. Les losanges rouges représentent l'intensité de R&D (% du PIB consacré à la R&D).
Un problème bien documenté
Les révélations de Geng Hongwei ne constituent pas un événement isolé ou nouveau. Depuis plusieurs années, les rétractations d'articles scientifiques impliquant des équipes chinoises font l'objet d'une attention croissante de la part des éditeurs, des organismes de recherche et des autorités chinoises elles-mêmes. Les données de Retraction Watch citées par Le Monde montrent ainsi qu’en 2024, près de la moitié des articles rétractés dans le monde étaient signés exclusivement par des chercheurs chinois.
Cette surreprésentation est confirmée par plusieurs analyses bibliométriques. Dans une analyse de 8 466 articles rétractés publiés entre 2003 et 2022 et indexés dans la Web of Science, Koo et Lin (2024 [4]) montrent que 43,3 % concernaient des publications dont l'auteur correspondant était affilié à une institution chinoise, contre 14,7 % pour les États-Unis. Les auteurs rappellent toutefois que ces chiffres doivent être interprétés au regard du volume très élevé de publications produites par ces deux pays. Ils observent par ailleurs que les articles rétractés provenant de Chine étaient, en moyenne, moins cités que ceux des États-Unis (16,7 contre 51,9 citations par article).
Ces observations se retrouvent également dans le domaine médical. À partir des données de la Retraction Watch Database et de Scopus (1996-2022), Sebo (2024 [5]) rapporte que les affiliations chinoises représentent 8,2 % de la production mondiale d'articles médicaux, mais 30,3 % des rétractations, contre respectivement 24,9 % et 14,5 % pour les États-Unis.
Shi et al. (2024 [6]) ont recensé 14 445 rétractations impliquant des auteurs chinois entre 2012 et 2023. Leur nombre annuel, stable jusqu’en 2018, augmente fortement à partir de 2019 pour atteindre 5 668 en 2023, soit 0,53 % du nombre d’articles publiés cette année-là (figure 3). Cet indicateur n’est toutefois pas un véritable taux de rétractation, les articles retirés ayant généralement été publiés antérieurement. Cette hausse survient quelques années après que la Chine, portée par l’expansion rapide de sa production scientifique, a dépassé les États-Unis en 2016.
Ces constats s'étendent également à la médecine chinoise. Cui et al. (2025 [7]) ont identifié 679 articles rétractés publiés entre janvier 2000 et novembre 2024, dont plus de la moitié ont été rétractés en 2023. Les auteurs retrouvent les mêmes principaux motifs de rétractation que dans la littérature biomédicale générale. Ils observent également que 61,1 % des premiers auteurs étaient affiliés à des hôpitaux tertiaires de grade A, qui représentent le plus haut niveau de la hiérarchie hospitalo-universitaire chinoise. La forte représentation des établissements hospitaliers de premier plan dans cette étude fait écho à l’affaire Geng Hongwei, dans laquelle les soupçons portent également sur des chercheurs appartenant à des institutions prestigieuses, où la pression à publier peut être particulièrement forte.
Figure 3. Évolution de l'indicateur annuel de rétractation des publications scientifiques chinoises (2012-2023) (Shi et al., 2024). Rapporté au nombre annuel de publications indexées dans Scopus, l’indicateur de rétractation reste relativement stable jusqu’en 2018, puis augmente fortement à partir de 2019 pour atteindre 0,53 % en 2023.. | Figure 4. Évolution annuelle des rétractations des publications de médecine chinoise (2008-2024) (Cui et al., 2025). Après une augmentation progressive à partir de 2019, les rétractations connaissent un pic exceptionnel en 2023 dans les trois catégories de recherche (fondamentale, clinique et secondaire). Cette évolution s'inscrit dans un contexte de renforcement des politiques de détection et de rétractation mises en œuvre par les éditeurs scientifiques. |
L’augmentation des rétractations ne reflète pas nécessairement une augmentation parallèle des fraudes ou des méconduites. Elle dépend aussi de leur détection, renforcée par les outils automatisés, l’examen critique après publication, les plateformes comme PubPeer et la vigilance accrue des éditeurs. Une rétractation constitue certes un constat d’échec, mais également l’expression de la capacité autocorrectrice de la science. La hausse récente peut donc traduire autant l’existence de pratiques problématiques qu’un renforcement des mécanismes de contrôle et de correction de la littérature scientifique.
Les facteurs de la surreprésentation chinoise
La forte augmentation des rétractations chinoises doit d’abord être replacée dans le contexte de l’expansion exceptionnelle de la recherche du pays. Un volume croissant de publications entraîne mécaniquement davantage d’articles problématiques, mais cet effet ne suffit pas à expliquer la surreprésentation observée. La pression à publier — le publish or perish — est commune à l’ensemble du monde académique. Elle a toutefois pris en Chine une dimension particulière du fait de la croissance extrêmement rapide du système scientifique, sur fond de compétition scientifique avec les États-Unis. Ce contexte a pu accentuer les effets pervers des incitations à publier et favoriser des pratiques opportunistes, jusqu’au développement d’un véritable marché de la publication dont les paper mills constituent la forme la plus organisée.
Il est à cet égard notable que l’envolée des rétractations à partir de 2020 (figures 3 et 4) survienne quelques années après que la Chine a dépassé les États-Unis en volume de publications scientifiques. Elle peut ainsi apparaître, au moins en partie, comme un effet différé de cette croissance fulgurante, les rétractations intervenant souvent plusieurs années après la publication des articles concernés.
La réponse en Chine
Une mobilisation interne
La prise de conscience ne vient pas seulement de l’extérieur. Les études rapportées plus haut (figures 3 et 4) ont été réalisées par des équipes chinoises ; celle consacrée à la médecine chinoise l’a été par des auteurs principalement affiliés à la Beijing University of Chinese Medicine. L’article du Monde montre que la question est également portée publiquement par des scientifiques de premier plan comme Rao Yi. La dénonciation de l’affaire par le lanceur d’alerte Geng Hongwei s’inscrit dans cette même dynamique de critique interne.
Cette prise de conscience s’accompagne de la mise en place et du renforcement de dispositifs institutionnels : règles nationales sur l’intégrité scientifique, définition des conduites sanctionnables, procédures d’enquête et contrôles des publications et des rétractations. Ces dispositifs se traduisent également au niveau éditorial par des procédures de correction et de rétractation dans les revues chinoises, même si leur signalement dans les bases bibliographiques nationales reste inégal. Ils s’accompagnent enfin de campagnes publiques de sensibilisation et de communication sur l’intégrité scientifique (figure 5).
Ces évolutions montrent surtout que le problème est désormais explicitement reconnu en Chine et qu’il fait l’objet de réponses institutionnelles, éditoriales et publiques, dont l’efficacité réelle devra être appréciée dans la durée.
Figure 5. Campagnes contre les méconduites scientifiques.
À gauche, un chercheur est écrasé par le poids du « système d’évaluation des titres et des carrières » (职称评定体系), tandis qu’un vendeur lui propose des « articles scientifiques » (论文) en criant : « À vendre ! Bonne qualité, petit prix ! » (卖啦,质优价廉!). Le dessin dénonce la pression à publier et le marché des articles scientifiques qu’elle peut favoriser. À droite, un poing portant l’inscription « combattre » ou « réprimer » (打击) menace un chercheur entouré des caractères « méconduite scientifique » (学术不端), symbolisant les campagnes de lutte contre les fraudes et autres manquements à l’intégrité scientifique.
Le cadre d’intégrité scientifique décliné en acupuncture
2015 : les « cinq interdictions »
En 2015, la Chinese Association of Acupuncture-Moxibustion relaie auprès de ses membres les « cinq interdictions » nationales, qui visent en pratique le recours aux paper mills. Elle demande également aux membres de vérifier leurs publications antérieures et, lorsqu’un problème est identifié, de prendre eux-mêmes l’initiative d’en demander la rétractation.1
2023 : l’adoption d’un code d’intégrité scientifique
En 2023, l’Association adopte son propre code d’intégrité scientifique, applicable à ses membres, ses structures et ses revues. Le texte vise explicitement à renforcer l’éthique académique, la discipline scientifique et la crédibilité des organisations du domaine de l’acupuncture-moxibustion. Il proscrit notamment la fabrication ou la falsification des données, images et résultats, le plagiat, la rédaction d’articles par autrui, les publications multiples et les signatures indues, et prévoit des sanctions en cas de manquement.2
L’exemple d’Acupuncture Research
Les revues chinoises d’acupuncture ont également formalisé leurs procédures. Ainsi, Acupuncture Research (Zhen Ci Yan Jiu) prévoit notamment la conservation et, si nécessaire, la fourniture des données et images originales, le contrôle des similitudes et la vérification des évaluateurs proposés. Lorsqu’une méconduite est établie après publication, la revue prévoit la rétractation de l’article et la publication d’un avis de rétractation.3
- Chinese Association of Acupuncture-Moxibustion. 关于转发中国科协关于印发《在国际学术期刊发表论文的“五不”行为守则》的通知的通知 [Forwarding the China Association for Science and Technology’s Code of “Five Prohibitions” on Publishing in International Scientific Journals]. 14 octobre 2015. https://www.caam.cn/article/1762.
- Chinese Association of Acupuncture-Moxibustion. 关于发布《中国针灸学会学术道德规范(试行)》的通知 [Code of Scientific Ethics of the Chinese Association of Acupuncture-Moxibustion (Provisional Version)]. May 6, 2023. https://www.caam.cn/article/2726.
- Zhen Ci Yan Jiu (Acupuncture Research). 伦理规范 [Ethical Guidelines for Publishing "Acupuncture Research"]. https://www.zhenciyanjiu.cn/zh/info/10605/.
Un enjeu majeur de crédibilité
Ayant largement atteint l’objectif qu’elle s’était fixé de se placer parmi les toutes premières puissances scientifiques mondiales — et dépassé les États-Unis sur plusieurs indicateurs majeurs —, la Chine se trouve confrontée à l’un des effets collatéraux de cette réussite : la crédibilité internationale de sa recherche est devenue un enjeu majeur. Le coût scientifique, institutionnel et stratégique d’un doute sur la fiabilité de ses publications est aujourd’hui considérable.
Cette préoccupation pour sa crédibilité internationale n’est pas nouvelle. Dès 2015, à la suite de la vague de rétractations de BioMed Central, la China Association for Science and Technology estimait que l’affaire avait « porté atteinte à la réputation académique internationale de la Chine » et appelait au renforcement de l’éthique scientifique, des contrôles et des mécanismes d’évaluation de la recherche.
Qu’en conclure ?
La surreprésentation des rétractations justifie une vigilance particulière, mais non une suspicion systématique. Une fraude, comme un biais, se documente : l’origine chinoise d’une publication ne permet à elle seule de conclure ni à l’une ni à l’autre.
Un regard rétrospectif est utile. Il y a trente ou quarante ans, la qualité méthodologique des études chinoises sur l’acupuncture était largement mise en cause. On dispose aujourd’hui d’un nombre conséquent et croissant d’essais chinois de haute qualité méthodologique, conformes aux standards internationaux et publiés dans des revues de premier plan. Cette évolution témoigne d’une réelle capacité d’adaptation de la recherche chinoise, sans pour autant signifier que sa qualité soit homogène, pas davantage qu’elle ne l’est dans les autres pays.
La Chine est désormais un acteur majeur des essais thérapeutiques mondiaux : selon la base de données Trialtrove de Citeline [8], la proportion des essais cliniques mondiaux de phases I à IV initiés en Chine est passée de 25 % en 2019 à 39 % en 2023, plaçant le pays au premier rang mondial depuis 2020. Cette intégration concerne également les grandes firmes pharmaceutiques internationales : entre 2019 et 2023, 15 % des essais des vingt premières firmes pharmaceutiques ont été initiés en Chine. Une défiance générale et systématique envers la recherche chinoise a donc des conséquences directes sur la crédibilité d’une part importante des preuves sur lesquelles repose la médecine contemporaine.
Figure 6. Part et place de la Chine dans les essais cliniques mondiaux de phases I à IV (Citeline 2024).
Il faut d’ailleurs observer que la crise du COVID-19 a bien montré que les problèmes d’intégrité scientifique ne sont propres ni à un pays ni à un champ de recherche [9].
La surreprésentation des méconduites en Chine n’en demeure pas moins un fait qui doit être pris au sérieux. Elle justifie une vigilance accrue, mais ne permet pas de récuser systématiquement les travaux concernés. Surtout, elle ne doit pas conduire à confondre deux questions distinctes : celle de l’intégrité scientifique et celle des biais méthodologiques. Passer de méconduites documentées à une présomption générale de biais, puis à une disqualification globale de la littérature chinoise, c’est abandonner l’analyse scientifique au profit d’un jugement global posé a priori. Une fraude doit être établie par des éléments objectifs ; un biais doit être identifié et apprécié selon les méthodes habituelles de l’évaluation méthodologique. La vigilance ne signifie ni une exigence méthodologique supérieure ni l’application de critères particuliers dont le reste de la recherche serait dispensé.
La démarche à adopter est donc celle d’une évaluation rigoureuse mais aussi équitable : même exigence critique, mêmes critères d’analyse et prise en compte des problèmes lorsqu’ils sont objectivement documentés
L'essentiel à retenir
Une affaire médiatisée impliquant des chercheurs d’universités chinoises prestigieuses a remis au premier plan la question de l’intégrité scientifique en Chine.
Cette question ne peut être ignorée par ceux qui s’intéressent à l’acupuncture, particulièrement à l’évolution de sa recherche clinique et expérimentale.
La surreprésentation des rétractations d’articles d’auteurs chinois est une réalité documentée.
Ce phénomène s’inscrit dans l’essor exceptionnel de la recherche chinoise, désormais au niveau ou devant les États-Unis sur plusieurs indicateurs ; ce contexte de compétition scientifique et de croissance rapide a accentué la pression à publier et favorisé des pratiques opportunistes, jusqu’au développement des paper mills.
Alors que la Chine a fait de son affirmation comme grande puissance scientifique un objectif majeur, ces problèmes d’intégrité mettent en jeu la crédibilité même de sa recherche ; ils ont conduit à la mise en place puis au renforcement de dispositifs d’intégrité scientifique, dont les effets devront être suivis avec attention.
Cette situation justifie une vigilance accrue, non une disqualification générale : fraude et biais doivent être distingués et documentés.
Dr Johan Nguyen
Références
- Pouille J. En Chine, des chercheurs prestigieux mis en cause par un lanceur d’alerte. Le Monde. 10 juin 2026. https://www.lemonde.fr/sciences/article/2026/06/10/en-chine-des-chercheurs-prestigieux-mis-en-cause-par-un-lanceur-d-alerte_6700398_1650684.html
- Tollefson J. China declared world’s largest producer of scientific articles. Nature. 2018;553(7689):390. https://www.nature.com/articles/d41586-018-00927-4
- National Center for Science and Engineering Statistics (NCSES). Science and Engineering Indicators 2026: Global R&D. Alexandria (VA): National Science Foundation; 2026. https://ncses.nsf.gov/pubs/nsbsep20261/downloads 🔓
- Koo M, Lin SC. Retracted articles in scientific literature: a bibliometric analysis from 2003 to 2022 using the Web of Science. Heliyon. 2024;10:e38620. https://doi.org/10.1016/j.heliyon.2024.e38620 🔓
- Sebo P. Chinese authors are overrepresented in medical articles retracted for fake peer review or paper mill. Intern Emerg Med. 2024 Nov;19(8):2369-2371. https://doi.org/10.1007/s11739-024-03616-5 🔓
- Shi L, Zhang X, Ma X, Sun X, Li J, He S. Mapping retracted articles and exploring regional differences in China, 2012-2023. PLoS One. 2024 Dec 2;19(12):e0314622. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0314622 🔓
- Cui J, Yang N, Ji K, Yin D, Shen C, Liu Z, et al. Prevalence of and Reasons for Retractions of Traditional Chinese Medicine Research Publications by Authors From Mainland China in International Peer-Reviewed Journals. Abstract presented at: 10th International Congress on Peer Review and Scientific Publication; 2025 Sep 3–5; Chicago, IL, USA. https://peerreviewcongress.org/abstract/prevalence… 🔓
- Citeline. Exploring the Asia-Pacific clinical trials landscape: asking the five W’s [Internet]. 2024 Oct 10. https://www.citeline.com/en/resources/exploring-the-asia-pacific-clinical-trials-landscape 🔓
- Dinis-Oliveira RJ. COVID-19 research: pandemic versus “paperdemic”, integrity, values and risks of the “speed science”. Forensic Sci Res. 2020;5(2):174-187. https://doi.org/10.1080/20961790.2020.1767754 🔓
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