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Icon/Horloge Created with Sketch. 30.04.2021

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45- Acupuncture : la catégorisation « médecines complémentaires et alternatives » est inopérante

Dans un éditorial de la revue « Médecine », la revue de l’UNAFORMEC, Pierre Gallois aborde la question des « médecines complémentaires et alternatives» (MCA) dans lesquelles il classe, comme il est habituel, l’acupuncture [1]. Il définit ces médecines alternatives comme « en marge de la médecine officielle et non enseignées à l’Université ». Mais observons, en ce qui concerne l’acupuncture, qu’un diplôme inter-universitaire existe depuis plus de trente ans et une capacité depuis plus de 10 ans. 

MCA et effet placebo


A propos de l’évaluation thérapeutique des MCA,  Pierre Gallois conclut que « le bénéfice des médecines alternatives semble pouvoir être assimilé à un effet placebo ». Mais à propos de l’acupuncture il note de façon ambiguë : « le partage entre l’action spécifique, l’effet placebo et/ou l’effet médecin optimisé reste à préciser » paraissant reconnaitre un effet spécifique ou, à minima, laisser la question ouverte. Le rapport de l’INSERM (2014 [2]) analysant les revues systématiques de la Cochrane Collaboration relève la mise en évidence d’un effet spécifique versus acupuncture simulée dans un ensemble de pathologies : la prévention des nausées et des vomissements postopératoires, l’arthrose des articulations périphériques, les céphalées de tension , les lombalgies, les cervicalgies [2, 3]. Ce constat, à un haut niveau de preuve d’un effet spécifique, n’autorise pas à assimiler l’action de l’acupuncture à un effet placebo. De multiples autres données peuvent être rapportées [4].

La difficulté à préciser « le partage entre l’action spécifique, l’effet placebo et /ou l’effet médecin optimisé » n’est pas propre à l’acupuncture, mais est le cas de toutes les thérapeutiques non médicamenteuses. Il faut observer que les indications de ces thérapeutiques dans le système de soins relèvent plus souvent du simple consensus professionnel ou de comparaisons versus absence de traitement ou autre traitement que de la mise en évidence d’un effet spécifique exigé, lui, pour l’acupuncture.

Norme sociale et norme scientifique


Les MCA sont supposées regrouper un ensemble vaste et hétéroclite de thérapeutiques très diverses quant à leur histoire et origine, leur diffusion géographique, au statut sociologique de leurs praticiens, et enfin à l’état des données scientifiques concernant chacune d’elles. Les MCA ont, en fait, été catégorisées à partir des années 1970 en creux d’une médecine (1) « officielle », institutionnalisée, professionnalisée, et régulée par l’état et  (2) « scientifique», dont les savoirs et les pratiques s’inscrivent dans le cadre de référence de la science. La catégorisation en MCA se fait donc à partir de deux types de normes de natures différentes, sociale et scientifique, qu’il est naïf de considérer comme solidaires car relevant de temporalités, d’instances et de registres de vérité différents.

Figure 1. Le rebut fourre-tout New-Age des médecines complémentaires et alternatives (MCA).

La norme sociale d’une « médecine officielle » est locale, variable dans l’espace et dans le temps, fonction de facteurs historiques, sociaux et culturels. Pierre Gallois classe le thermalisme dans les MCA, mais pendant très longtemps jusque dans les années 1970, la France a eu la particularité d’avoir des chaires d’hydrologie et climatologie médicales. Les statuts respectifs du thermalisme et de l’acupuncture sont très variables en Europe, comme ils sont différents entre l’Europe et la Chine. La norme scientifique a, elle, une vocation universelle ; mais le cadre et les contenus d’une médecine scientifique évoluent également avec le temps, les savoirs, outils et méthodes disponibles.

Toute catégorisation véhicule des préjugés et des stéréotypes. A partir du moment où l’acupuncture est assignée à une catégorie dont les critères implicites ou explicites sont la non-scientificité et l’absence de preuve quant à l’efficacité thérapeutique la messe est dite. Toutes les analyses vont tendre à se conformer à ce préjugé, et l’évaluation thérapeutique de l’acupuncture va tendre à s’opérer de manière non équitable [3]. Ces préjugés de non scientificité de l’acupuncture assignée MCA, vont s’exprimer soit de façon radicalement hostile comme dans la pétition contre les « fake medicine », soit de façon « bienveillante » dans un discours positif sur l’effet placebo en médecine. Mais le présupposé reste bien le même.

Médecine intégrative ?

Dans sa conclusion Pierre Gallois fait référence à la « médecine intégrative », terme se substituant à celui de MCA.  Il faut relever le sens radicalement différent donné à ce terme en Chine et en Occident (notamment dans les pays anglo-saxons).  La notion de médecine intégrée est née en Chine dans les suites immédiates de la rencontre de la médecine chinoise et de la médecine occidentale pour affirmer l’unité fondamentale de la médecine autour de la valeur commune de la science (donc l’impératif pour la médecine chinoise d’adopter les outils, méthodes et règles scientifiques contemporaines). Mais dans les discours occidentaux ce n’est pas de l’unité de la médecine autour de la science dont il est question, mais de l’unité d’un patient essentialisé : « La médecine intégrative veut concerner l’homme total, corps, esprit et spiritualité et inclure ces dimensions dans le diagnostic et le traitement » [1]. La prise en compte du contexte psychologique et social parait concerner toute relation médecin-patient, mais on perçoit mal quels seraient l’entité diagnostique ou le traitement s’adressant particulièrement à la fiction médicale d’un « homme total ». Ce dont il s’agit ici à travers l’essentialisation du patient est une spiritualisation de la médecine, à mettre en rapport particulièrement aux USA, avec les multiples intrusions spiritualistes dans le domaine des sciences.

La catégorisation MCA est à l’évidence porteuse d’enjeux idéologiques et est totalement inopérante d’un point de vue scientifique. L’acupuncture doit être envisagée dans sa réalité médicale propre et non comme élément d’une catégorie fantasmée définie socialement. Comme pour toutes les thérapeutiques son efficacité, ses indications, son mécanisme d’action doivent être discutés loyalement avec les règles en usage dans la communauté médicale [3].

Johan Nguyen

Références


  1. Gallois P. Les médecines alternatives, leur place dans une vision globale des soins. Médecine. 2018;novembre:388-90. [193284]. |doi|. 🔓
  2. Barry C, Seegers V, Guegen J, Hassler C, Ali A, Falissard B. Evaluation de l’efficacité et de la sécurité de l’acupuncture. INSERM U669. 2014. [160626]. |doi|. 🔓
  3. Nguyen J, Goret O. Commentaires au rapport. in Barry C et al Evaluation de l’efficacité et de la sécurité de l’acupuncture.  INSERM U669. 2014 : 194-205. [152624].  |doi|. 🔓
  4. Centre de Preuves en Acupuncture. [URL]. 🔓


Mots-clés : Sceptiques


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