4- Principes thérapeutiques
Les troubles gynécologiques sont étroitement liés à la constitution générale bien que leurs manifestations semblent se limiter aux organes reproducteurs. Par conséquent, il convient de s’efforcer de déterminer avec précision la localisation de l’étiologie qu’elle se situe au niveau des zang ou des fu, du qi ou du sang ou encore dans quels méridiens elle s’inscrit. En outre l’environnement géographique, le climat, l’âge, la constitution générale, les habitudes alimentaires ainsi que les particularités individuelles doivent tous être pris en compte lors de l’établissement d’un diagnostic global. Ce type d’affections est généralement associé à divers autres troubles des organes internes. Il s’agit souvent de tableaux complexes impliquant un mélange de plénitude et de vide. Par conséquent il est très important de distinguer la racine ben de la manifestation biao et d’appliquer avec souplesse les principes thérapeutiques suivants.
Ce n’est que lorsque le qi et le sang fonctionnent de manière coordonnée que les cinq zang peuvent maintenir un fonctionnement harmonieux. De même, ce n’est qu’à cette condition que les méridiens et les collatéraux demeurent libres de toute obstruction. Et ce n’est que si ces deux conditions préalables sont réunies que les méridiens chong et ren peuvent être suffisamment nourris.
Il convient en premier lieu de déterminer avec précision le siège de l’anomalie qu’elle concerne le qi ou le sang. Il est bien établi que le qi et le sang sont interdépendants et par conséquent le traitement des troubles du qi et des anomalies du sang ne peut être dissocié. Ainsi si le qi est impliqué, le traitement doit se concentrer sur la régulation du qi mais en étant associé au nourrissement du sang en tant que principe complémentaire. Si le sang est atteint, le traitement doit alors mettre l’accent sur le sang avec une régulation du qi en tant qu’adjuvant. La combinaison de ces principes doit être appliquée de manière régulière afin d’éviter d’une part, une surcharge en substances lourdes et onctueuses lors de la tonification du sang et, d’autre part, une dispersion excessive du qi lors de l’administration de substances stimulant le qi. Cela implique également que des substances activant la circulation du sang et levant la stagnation soient intégrées aux formules de tonification du qi lorsque le vide de qi s’accompagne d’une stagnation du sang. De manière analogue, lorsque le vide de sang s’accompagne d’une stase du qi, des substances ayant des propriétés de mobilisation du qi doivent être incluses dans les prescriptions de tonification du sang. En respectant ces principes, l’objectif de tonification des états de faiblesse est atteint sans engendrer de facteurs pathogènes supplémentaires. De cette manière, il est possible d’éliminer la maladie sans léser les capacités de résistance de l’organisme.
SUBSTANCES COURAMMENT UTILISEES POUR LA REGULATION DU QI ET DU SANG (XUE) :
A) Toniques du qi : Radix Panacis Ginseng, Radix Codonopsis Pilosulae, Radix Astragali seu Hedysari, Radix Pseudostellariae, Rhizoma Atractylodis Macrocephalae, etc.
B) Substances faisant descendre le qi : Lignum Dalbergiae Odoriferae, Lignum Aquliariae Sinensis, Flos Inulae, Ochre Ochra, etc.
C) Substances levant la stase et favorisant la circulation du qi : Rhizoma Cyperi, Fructus Aurantii, Fructus Meliae Toosendam, Radix Linderae, Pericarpium Citri Reticulatae Viride, Pericarpium Citri Reticulatae, Fructus Citri Sacrodactylis, Flos Rosa Rugosae, Flos Citri Aurantii, Caulis Perillae, etc.
D) Toniques du sang (xue) : Radix Angelicae Sinensis, Gelatinum Asini, Radix Paeoniae Alba, Radix Reh manniae, Radix Rehmanniae Conquitae, Radix Polygoni Multiflori, Fructus Lycii, etc.
E) Substances activant le sang et éliminant la stagnation : Semen Persicae, Flos Carthami, Rhizoma Ligustici Chuanxiong, Radix Salviae Miltorrhizae, Herba Leonuri, Herba Lycopi, Rhizoma Sparganii, Rhizoma Zedoariae, Semen Vaccariae, Pollen Typhae, Feces Trogopterorum, Herba Siphonostegiae, Fructus Crataegi, etc.
F) Substances clarifiant la chaleur du sang : Cornu Rhinoceri, (raw) Radix Rehmanniae, Radix Arnebiae seu Lithospermi, Cortex Moutan Radicis, Radix Rubiae, etc.
L’Estomac et la Rate sont considérés comme la source de la nutrition. La relation entre ces deux organes et le chongmai est renforcée par le fait que le méridien chongmai circule sous le méridien de l’Estomac yangming du pied au niveau de l’abdomen. Lorsque les fonctions de l’Estomac et de la Rate sont entravées, le transport et la transformation (yun hua) du qi et du sang sont perturbés. Cela peut ensuite affecter les méridiens chongmai et renmai, conduisant ainsi à une grande variété de troubles gynécologiques. Par conséquent la méthode d’harmonisation comprend plusieurs approches différentes, telles que la tonification du vide, la levée des stagnations, le réchauffement du froid et la clarification de la chaleur. Lors de l’application de cette méthode, il convient d’éviter un usage excessif de substances grasses, épaisses, amères, froides ou encore trop drastiques et agressives afin de ne pas léser l’Estomac et la Rate. Par exemple, lorsque la Rate ne parvient plus à assurer ses fonctions de transport et de transformation, entraînant une accumulation d’humidité, il est préférable d’harmoniser l’Estomac et la Rate en tonifiant la Rate afin d’éliminer l’humidité. Souvent, lorsque ces deux organes sont régulés de manière à fonctionner en synergie, les troubles gynécologiques peuvent, en particulier, s’atténuer spontanément.
SUBSTANCES COURAMMENT UTILISEES POUR HARMONISER L’ESTOMAC ET LA RATE :
A) Substances pour tonifier la Rate et stimuler l’Estomac : Radix Codonopsis Pilosulae, Rhizoma Atractylodis Macrocephalae, Rhizoma Dioscoreae, Semen Euryales, Semen Dolichos Album, Fructus Zizyphi Jujubae, etc.
B) Substances pour réchauffer et tonifier l'Estomac : dried Fructus Zizyphi Jujubae, fresh Fructus Zizyphi Jujubae, Fructus Evodiae, Rhizoma Pinelliae prepared with Zizyphi Jujubae, Semen Fructi Amomi, Amomum Cardamomum, Flos Syzygii Aromatici, etc.
C) Substances pour apaiser la chaleur de l’Estomac : Radix Scutellariae, Rhizoma Coptidis, Caulis Bambusae in Taenium, Fructus Gardeniae, Rhizoma Phragmitis, etc.
D) Substances pour nourrir le yin de l’Estomac : Radix Adenophorae Strictae, Herba Dendrobii, Radix Ophiopogonis, Rhizoma Polygonati Odorati, etc.
E) Substances tonifiantes pour éliminer la stagnation des aliments : Fructus Crataegi, Endothelium Corneum Gigeriae Galli, Fructus Oryzae Germinatac, Fructus Hordei Germinati M assa Medica Ferment ata.
F) Substances pour tonifier la Rate et éliminer l'humidité : Sclerotium Poriae Cocos, Rhizoma Atractylodis, Rhizoma Atractylodis Macrocephalae, Radix Paeoniae Rubra, Rhizoma Alismatis, Rhizoma Dioscoreae, Medulla Tetrapanacis, Semen Coicis.
Comme indiqué précédemment, en physiologie féminine, le Foie a pour fonction de stocker le sang tandis que les Reins contrôlent la reproduction. Le Foie est le fils des Reins selon le cycle sheng des Cinq Phases. En raison de cette relation étroite, le Foie et les Reins sont souvent évoqués conjointement. Le Foie est responsable de la dispersion et de la libre circulation tandis que les Reins sont chargés de stocker l’Essence. De plus, cette relation étroite entre le Foie et les Reins est renforcée par leurs connexions respectives avec le méridien renmai dans le bas abdomen et avec une branche du chongmai prenant naissance au point 30E qichong du méridien de l’Estomac. Le méridien de l’Estomac (yangming du pied) recouvre le méridien du Rein (shaoyin du pied) et s’élève latéralement jusqu’à l’ombilic. Ainsi les états du Foie, des Reins ainsi que des méridiens chongmai et renmai peuvent communiquer. Sur le plan thérapeutique, des substances destinées à nourrir le Foie et les Reins peuvent être utilisées simultanément afin de soutenir les méridiens chongmai et renmai. Plus précisément, le vide de yin du Foie et des Reins se traite par une tonification du yin tandis que le vide de yang du Foie et des Reins se traite par des méthodes de réchauffement et de consolidation.
Lorsque le Foie et les Reins reçoivent une nutrition adéquate, les fonctions des méridiens chongmai et renmai sont restaurées. Par conséquent les affections liées à un vide de ces méridiens ne sont généralement pas difficiles à traiter si ces principes sont correctement appliqués.
SUBSTANCES COURAMMENT UTILISÉES POUR NOURRIR LE FOIE ET LES REINS ET POUR RENFORCER LES MÉRIDIENS CHONGMAI ET RENMAI
A) Substances pour tonifier le vide du yin du Foie et des Reins : Rhizoma Rehmanniae, Fructus Corni, Fructus Lycii, Plastrum Testudinis, Placenta Hominis, Radix Paeoniae Albae, Fructus Mori, Fructus Ligustri Lucidi, Herba Ecliptae, etc.
B) Substances pour nourrir le yang des Reins : Cornu Cervi, Semen Cuscutae, Radix Morindae Officinalis, Rhizoma Cibotii, Herba Cistanches, Herba Epimedii, Radix Dipsaci, Herba Cynomorii, Cortex Cinnamomi, etc.
En conclusion renforcer le Foie et les Reins revient à favoriser le chongmai et le renmai. Les troubles de type vide de ces organes et méridiens peuvent être corrigés spontanément dès lors que la source de production de l’Essence est robuste et abondante. Les principales méthodes thérapeutiques applicables aux différentes formes de troubles gynécologiques sont présentées brièvement comme suit :
Les menstruations précoces relèvent le plus souvent d’un tableau de chaleur. La formule si wu tang (décoction des quatre substances) est alors indiquée, avec adjonction de substances visant à clarifier la chaleur telles que Radix Scutellariae, Rhizoma Coptidis, Rhizoma Anemarrhenae, and Cortex Phellodendri. Les menstruations retardées correspondent le plus souvent à un tableau de vide associé au froid pour lequel une méthode de réchauffement est indiquée. La formule si wu tang peut également être employée dans ce contexte avec l’ajout de substances réchauffantes telles que Folium Artemesiae Argyi, Cortex Cinnamomi, Rhizoma Zingiberis Recentis, and Radix Aconiti Praeparatae. D’autres substances tonifiantes peuvent être associées lorsque cela est nécessaire notamment Radix Panacis Ginseng and Radix Astragali. Lorsque l’indication thérapeutique requiert un effet astringent, des substances telles que Os Draconis, Concha Ostreae, and Petriolus Trachycarpi Carbonistati peuvent être ajoutées. Dans les situations nécessitant un effet de montée du qi, l’adjonction de Radix Cimicifugae, Radix Bupleuri, and Folium Nelumbini est recommandée. En conclusion, la différenciation entre froid et chaleur ainsi qu’entre vide et plénitude revêt une importance thérapeutique majeure. L’utilisation de la pharmacopée doit demeurer flexible et adaptée à la sémiologie propre à chaque patient (1).
Il va sans dire que les troubles menstruels consécutifs à d’autres affections doivent être traités en recherchant leur cause racine. Pour la même raison, lorsque d’autres pathologies sont induites essentiellement par des perturbations menstruelles, les troubles menstruels doivent être pris en charge en premier en tant que racine.
Ce trouble est, en règle générale, différencié en types de vide et de plénitude. La tonification du vide peut être obtenue, dans la plupart des cas, par la tonification de la Rate et l’élimination de l’humidité. De tels cas sont généralement attribués à une insuffisance de la Rate et des Reins. En revanche, la méthode de clarification et d’élimination de l’humidité-chaleur pathogène peut être utilisée dans la majorité des cas de plénitude attribués à la descente de l’humidité et de la chaleur.
Les facteurs étiologiques de l’agitation fœtale (2) doivent être traités en premier lieu s’ils sont présents. Lorsque les déséquilibres sont corrigés, le fœtus retrouve le calme. Le principe fondamental de l’apaisement du fœtus réside dans la méthode de tonification du sang. De manière générale, la médication au cours de la gestation doit reposer principalement sur les méthodes de nourrissement du sang, de tonification de la Rate et de mise en circulation du qi. Ces méthodes reposent sur le principe selon lequel la tonification de la Rate équivaut à la tonification du sang. Cela est réalisé par la régulation du qi ou par la facilitation de sa libre circulation, ce qui entraîne le développement harmonieux du fœtus. Cependant, il convient de toujours se rappeler que les méthodes induisant une sudation profuse, une purgation drastique et une diurèse sont contre-indiquées. Cela s’explique par le fait qu’une sudation excessive entraîne un épuisement du yang. La purgation provoque une consommation du yin et une perte de sang tandis que la diurèse peut léser les liquides organiques et les fluides corporels. Toutefois, en fonction des signes cliniques et de l’état propre à chaque patiente, des substances relevant de ces trois méthodes peuvent être utilisées si cela est absolument nécessaire mais uniquement après une évaluation rigoureuse.
Une régulation adéquate du mode de vie peut réduire la fréquence des troubles du post-partum de manière significative. Les hémorragies excessives au cours de l’accouchement peuvent léser le chongmai et le renmai. Dans de tels cas, une tonification vigoureuse du qi et du sang est nécessaire. Cependant, les troubles mineurs et variés survenant pendant le post-partum peuvent être laissés sans traitement à moins qu’ils n’entravent la récupération rapide de la mère. À titre d’exemple de traitement courant du post-partum, des substances de nature réchauffante doivent être incluses dans les prescriptions en cas de stagnation due à une accumulation de froid et d’obstruction provoquée par du sang extravasé. Cela permet de réguler la circulation du qi et d’éliminer la stase de manière rapide. Dans ces cas de stase du post-partum, les méthodes visant à éliminer les facteurs pathogènes et à soutenir le zheng qi doivent être également mises en œuvre. Si la mère est constitutionnellement très vide après l’accouchement, cela peut favoriser l’invasion facilitée des six énergies perverses exogènes. Dans ce cas, le vide se trouve alors associée à une plénitude. Les prescriptions diaphorétiques sont contre-indiquées faute de quoi un collapsus pourrait survenir. En cas de stagnation alimentaire du post-partum, une utilisation modérée de substances stomachiques et évacuantes est généralement suffisante. Dans les formes vides de fièvre du post-partum, la chaleur vide est souvent soulagée par l’administration de substances réchauffantes de saveur douce (3). Une tonification vigoureuse peut être employée chez les patientes présentant des hémorragies utérines abondantes et des syncopes consécutives à un épuisement sexuel. La formule du shen tang est souvent indiquée dans les cas critiques de cette catégorie.
Il existe une formule autrefois répandue dans le domaine médical : « Pas de vide avant l’accouchement, pas de plénitude après l’accouchement ». Il s’agit d’une description classique des étiologies de la majorité des cas obstétricaux rencontrés en pratique clinique. En réalité des exceptions peuvent exister. On peut rencontrer des tableaux de vide avant l’accouchement et des tableaux de plénitude après l’accouchement. Par conséquent, il convient d’être particulièrement rigoureux dans la différenciation de ces différentes catégories de tableaux.
L’apparition de la mastite peut être traitée par des méthodes de dispersion de l’extérieur, de désobstruction du Foie ou de clarification de la chaleur de l’Estomac en tant que traitements de racine, complétés par des thérapies externes.
L’évacuation du pus et l’élimination des toxines sont recommandées dès lors qu’un abcès a atteint sa maturité ou commence à suppurer. La tonification du qi et du sang est indiquée lorsque le pus de la lésion ulcérée devient clair et aqueux mais que la formation de nouveaux tissus ne parvient pas à remplacer la suppuration.
En cas d’agalactie liée à une faiblesse maternelle et à une malnutrition, il est recommandé de recourir à une tonification vigoureuse du qi et du sang. Chez les patientes présentant un état de dépression émotionnelle, le traitement doit se concentrer sur la levée de la stagnation par la restauration du fonctionnement normal du Foie.
Cette affection est habituellement diagnostiquée comme un vide du qi et du sang ainsi qu’un dysfonctionnement du daimai. Une montée du qi par tonification est indiquée dans de tels cas. Si les symptômes s’accompagnent de la présence d’humidité et de chaleur, les méthodes de résolution de l’humidité et de clarification de la chaleur doivent être employées.
1. Cette affirmation est particulièrement importante pour les praticiens, professionnels comme non professionnels intéressés par la phytothérapie chinoise. Elle souligne le fait que la materia medica chinoise et les prescriptions à base de plantes ne doivent pas être administrées sur la base d’une action symptomatique isolée. Elles doivent au contraire être prescrites sur la base d’un diagnostic énergétique chinois individuel lui-même fondé sur la différenciation des tableaux de déséquilibre (bian zheng).
2. L’agitation fœtale correspond à une menace d’avortement et est ainsi considérée comme un problème de racine nécessitant une prise en charge prioritaire.
3. La méthode de tonification chaude du yin en cas de vide de yin semble contredire la méthodologie hétéropathique fondamentale de la médecine traditionnelle chinoise. Elle est issue de l’École de la tonification du Pré-céleste dirigée par Zhang Jingyue de la fin de la dynastie Ming. Zhang affirmait que, lors de la tonification du yin, il est essentiel de faire émerger le yin à partir du yang. Lorsque le yin obtient la propriété ascendante du yang, « la source de la source printanière ne s’asséchera pas ».
Dans le traitement des maladies gynécologiques, l’accent est mis sur la régulation des fonctions systémiques afin de rétablir l’état physiologique normal du corps. Cependant, les symptômes localisés sont également traités. Comme dans les autres branches de la médecine traditionnelle chinoise, le traitement des maladies gynécologiques est déterminé sur la base de la différenciation des syndromes selon les données cliniques obtenues par l’application des quatre méthodes diagnostiques. Une attention particulière est également accordée aux caractéristiques gynécologiques spécifiques telles que les menstruations, les leucorrhées, la grossesse et l’accouchement. Les plantes médicinales administrées par voie orale sont généralement prescrites dans le traitement des modifications pathologiques systémiques ; des méthodes de traitement externe sont associées pour traiter les modifications pathologiques localisées. Les méthodes de traitement les plus couramment utilisées sont décrites ci-dessous.
Le yin et le yang du Rein représentent tous deux les substances fondamentales nécessaires à la croissance, au développement et à la reproduction chez la femme. Ce n’est que lorsqu’ils sont suffisants et maintenus dans un équilibre relatif que les fonctions normales du corps peuvent être préservées. Une insuffisance soit du yin, soit du yang du Rein conduit à un déséquilibre des méridiens chongmai et renmai, produisant des maladies des menstruations, des leucorrhées, de la grossesse ou de l’accouchement. La tonification du Rein est une méthode fréquemment utilisée dans le traitement des maladies gynécologiques.
Dans les cas de maladies avec vide du yang du Rein, il convient d’adopter la méthode consistant à réchauffer et tonifier le yang du Rein. Cependant, le yin et le yang dépendent l’un de l’autre, d’où le dicton : « Ce qui excelle à tonifier le yang obtient le yang à partir du yin. » Ainsi, des toniques du yin peuvent être prescrits comme base des toniques du yang. Les formules destinées à tonifier le yang du Rein comprennent jingui shenqi wan (pilule pour renforcer le qi du Rein) et yougui wan / yougui yin (pilule/décoction de restauration de la santé). Les plantes médicinales couramment utilisées pour renforcer le yang du Rein comprennent rougui (Cortex Cinnamomi), zhifupian (Radix Aconiti Praeparata), xianmao (Rhizoma Curculiginis), xianlingpi (Herba Epimedii), tusizi (Semen Cuscutae), bajitian (Radix Morindae Officinalis), suoyang (Herba Cynomorii), lujiaoshuang (Cornu Cervi Degelatinatum) et lujiaojiao (Colla Cornus Cervi).
Un vide du yin du Rein ou un vide de sang peut provoquer divers troubles des menstruations ou des maladies de la grossesse. Il convient alors d’adopter la méthode de tonification du yin du Rein. Cependant, la restauration du yin dépend également du yang comme l’exprime le dicton : « Ce qui excelle à tonifier le yin obtient le yin à partir du yang. » Ainsi, une quantité appropriée de toniques du yang doit être ajoutée à la prescription des toniques du yin. Les formules utilisées comprennent dabuyin wan (pilule de tonification maximale du yin) et liuwei dihuang wan (pilule de Radix Rehmanniae en six ingrédients). Les plantes médicinales fréquemment utilisées pour renforcer le yin comprennent shudi (Radix Rehmanniae Praeparata), shanyao (Rhizoma Dioscoreae), shanzhuyu (Fructus Corni), danpi (Cortex Moutan Radicis), chaohuangbai (Cortex Phellodendri, fried), nuzhenzi (Fructus Ligustri Lucidi), shouwu (Radix Polygoni Multiflori) et xuanshen (Radix Scrophulariae).
Étant donné que les troubles du Foie en gynécologie se manifestent principalement par une stase du qi du Foie et une carence du yin du Foie, il convient respectivement d’adopter, dans le traitement, les méthodes consistant à réguler la fonction du Foie en assurant la libre circulation du qi et nourrissant le Foie.
La stase du qi du Foie ou le mouvement rebelle du qi du Foie affectent inévitablement les méridiens chongmai et renmai et conduisent ensuite à des maladies gynécologiques. La méthode de traitement consiste à réguler la fonction du Foie dans le maintien de la libre circulation du qi. Cependant, les femmes présentent de façon caractéristique davantage de qi que de sang ; il n’est donc pas conseillé de prescrire des quantités excessives de substances aromatiques piquantes et chaudes ayant pour effet de favoriser la sécheresse, ni des plantes ayant une action ascendante, dispersante vers l’extérieur et consommant le yin. En général, les formules xiaoyao san (poudre de la libre errance) et yueju wan (pilule pour soulager la stase du qi) sont prescrites. Dans les cas où la stase du qi du Foie se transforme en feu, certaines plantes destinées à clarifier le feu du Foie sont ajoutées à la prescription visant à réguler la fonction du Foie dans le maintien de la libre circulation du qi. Celles-ci comprennent shanzhi (Fructus Gardeniae) et danpi (Cortex Moutan Radicis). Les formules comprennent danzhi xiaoyao san (poudre de la libre errance additionnée de Cortex Moutan Radicis et de Fructus Gardeniae) et xuanyu tongjing tang (décoction pour assouplir le qi du Foie et réguler les menstruations). Dans les cas de descente de chaleur-humidité dans le méridien du Foie, certaines plantes destinées à clarifier la chaleur et éliminer l’humidité sont ajoutées à la prescription visant à réguler la fonction du Foie dans le maintien de la libre circulation du qi. Celles-ci comprennent longdancao (Radix Gentianae) et cheqianzi (Semen Plantaginis). La formule utilisée est longdan xiegan tang (décoction de Radix Gentianae pour purger le Foie).
Dans les cas de vide du yin du Foie dû à un vide de sang et à une consommation des liquides yin, la méthode de traitement consiste à nourrir le yin du Foie. Les plantes couramment utilisées comprennent gouqizi (Fructus Lycii), baishao (Radix Paeoniae Alba) et nuzhenzi (Fructus Ligestri Lucidi). Les formules utilisées comprennent erzhi wan (pilule des doubles accomplissements) et yiguan jian (décoction pour nourrir le yin du Foie). Dans les cas d’ascension excessive du yang du Foie due à un vide du yin du Foie, la méthode de traitement consiste à nourrir le yin et abaisser le yang. Les plantes couramment utilisées pour abaisser le yang comprennent zhenzhumu (Concha Margaritifera Usta), guiban (Plastrum Testudinis) et shijueming (Concha Haliotidis). La formule utilisée est erzhi wan (pilule des doubles accomplissements) associée à zhenzhumu (Concha Margaritifera Usta) et shijueming (Concha Haliotidis). Dans les cas d’agitation du vent du Foie résultant d’une hyperactivité du feu due à un vide du yin, la méthode de traitement consiste à calmer le Foie et éliminer le vent. Les plantes indiquées comprennent lingyangjiao (Cornu Antelopis) et gouteng (Ramulus Uncariae cum Uncis). La formule utilisée est lingyang gouteng tang (décoction de Cornu Antelopis et de Ramulus Uncariae cum Uncis).
Tonifier la Rate et harmoniser l’Estomac constituent également une méthode couramment utilisée dans le traitement des maladies gynécologiques. Dans les cas de dysfonction de la Rate dans le transport et la transformation due à un vide de la Rate, la méthode de traitement consiste à tonifier la Rate afin de renforcer la source de la santé. Les formules utilisées comprennent xiangsha liujunzi tang (décoction des six nobles ingrédients plus Radix Aucklandiae et Fructus Amomi) et shenling baizhu san (poudre de Ginseng, Poria et Rhizome d’Atractylodis Macrocephalae). Dans les cas de ménorragie due à une dysfonction de la Rate dans le contrôle du sang, la formule guipi tang (décoction pour restaurer la Rate) est prescrite. Dans les cas d’affaissement du qi dû à un vide de la Rate, la formule buzhong yiqi tang (décoction pour renforcer le foyer médian et au profit du qi) est utilisée. Dans les cas de descente d’humidité avec leucorrhées, la formule wandai tang (décoction pour arrêter les leucorrhées) est choisie. Dans les cas de plénitude épigastrique, de nausées et de vomissements dus à l’échec de la descente du qi de l’Estomac, la méthode de traitement consiste à harmoniser l’Estomac, apaiser le foyer médian, faire circuler le qi et faire descendre le qi rebelle. Les formules utilisées comprennent liujunzi tang (décoction des six nobles ingrédients) et xiangsha zhizhu wan (pilule de Radix Aucklandiae, Fructus Amomi, Fructus Aurantii Immaturus et Rhizoma Atractylodis Macrocephalae). Dans les cas de rébellion ascendante du qi de l’Estomac, la méthode de traitement consiste à clarifier le feu et faire descendre le qi rebelle. La formule jupi zhuru tang (décoction de Pericarpium Citri Reticulatae et de Caulis Bambusae in Taeniis) est alors prescrite. Si la rébellion ascendante du qi de l’Estomac est due à une rétention de froid dans l’Estomac, la méthode de traitement consiste à réchauffer le foyer médian et faire descendre le qi rebelle. La formule ganjiang banxia renshen tang (décoction de Rhizoma Zingiberis, Rhizoma Pinelliae et Radix Ginseng) est alors choisie. Dans les cas de syndromes de froid de type vide de la Rate et de l’Estomac compliqués de glaires-humidité, la méthode de traitement consiste à réchauffer le foyer médian, faire descendre le qi rebelle et résoudre les glaires-humidité. La formule liujunzi tang (décoction des six nobles ingrédients) et dingxing shidi yin (décoction de Flos Caryophylli et de Calyx Kaki) sont alors associées dans le traitement. Dans les cas de vide de la Rate et de l’Estomac compliquée de rétention alimentaire, la méthode de traitement consiste à tonifier la Rate, harmoniser l’Estomac et favoriser la digestion. Dans ce cas, la formule shanzha (Fructus Crataegi) et jineijin (Endothelium Corneum Gigeriae Galli) et chaozhiqiao (Fructus Aurantii frit) sont ajoutés à la décoction liujunzi tang (décoction des six ingrédients nobles). En cas de vide à la fois du Cœur et de la Rate, accompagné de symptômes tels que des saignements utérins, des palpitations et de l'anxiété, le Cœur et la Rate sont traités par la prescription de guipi tang (décoction d'igname pour restaurer la rate).
En conclusion, il convient de prêter attention à la régulation et à la protection de la Rate et de l'Estomac lors de la prescription de plantes médicinales. Il n'est pas recommandé de prescrire des quantités excessives de toniques de nature grasse pour tonifier la rate et l'estomac. Les plantes de nature piquante et sèche doivent être utilisées à bon escient pour réchauffer la Rate. De même, les plantes susceptibles d'agir de manière excessive sur la Rate et l'Estomac doivent être absolument évitées car elles peuvent endommager le qi du jiao moyen et altérer les fonctions de transport et de transformation.
De nombreuses affections gynécologiques résultent d’un déséquilibre entre le qi et le sang. Par conséquent, harmoniser le qi et le sang constitue une méthode thérapeutique couramment utilisée. Il est toutefois nécessaire de distinguer, avant de déterminer la stratégie thérapeutique, si le désordre concerne principalement le qi ou le sang. Lorsque le qi est atteint, le traitement doit bien sûr se concentrer sur celui-ci, tout en prenant également le sang en considération. En cas de remontée pathologique du qi, la méthode consiste à le faire descendre. En cas de stase du qi, il convient de le faire circuler. En cas de désordre du qi, il faut le réguler. En cas de froid dans le qi, le principe thérapeutique est de réchauffer le yang et de soutenir le qi. En cas de chaleur dans le qi, il s’agit de clarifier la chaleur et de faire descendre le qi. En cas de vide et d’affaissement du qi, il convient de retenir le yang et de tonifier le qi. Parallèlement, des plantes favorisant la circulation du sang ainsi que celles qui tonifient et régulent le sang, sont ajoutées.
Lorsque le sang est atteint, le traitement se concentre principalement sur celui-ci, tout en prenant également en charge le qi. Ainsi, en cas de froid dans le sang, on adopte une méthode de réchauffement. En cas de chaleur dans le sang, on utilise une méthode de clarification de la chaleur. En cas de vide de sang, on applique une méthode de tonification. En cas de stagnation du sang, on recourt à une méthode de dispersion. Parallèlement, des plantes régulant, faisant circuler et tonifiant le qi sont ajoutées. Ce sont là les principes généraux de l’harmonisation du qi et du sang. Les méthodes cliniques les plus fréquemment utilisées comprennent la mobilisation de la circulation du sang et la résolution des stagnations, la régulation du qi et la promotion de sa circulation, la clarification de la chaleur et le refroidissement du sang, le réchauffement des méridiens et la dispersion du froid ainsi que la tonification du qi et du sang.
Lors de l’application de la méthode d’harmonisation du qi et du sang, il convient d’éviter les toniques puissants de nature grasse ainsi que les plantes ayant des propriétés de montée excessive ou de dispersion vers l’extérieur car elles peuvent entraîner une stase du qi et une stagnation du sang ou encore léser le qi et le sang.
Par ailleurs, une grande importance est accordée aux méthodes de traitement externe en gynécologie dans la médecine traditionnelle chinoise. Il en existe de nombreuses, notamment les lavages à l’aide de décoctions médicinales chaudes, l’application externe de pommades médicinales, l’introduction de médicaments dans le vagin, l’application intra-cervicale de substances médicamenteuses, les lavements, la pénétration ionique au niveau de l’abdomen inférieur, l’acupuncture et la moxibustion, ainsi que l’injection de faibles doses de médicaments dans les points d’acupuncture.
Rédacteur : Dr Claude Pernice
