Concepts généraux en gynéco-obstétrique

1- Fonctionnement féminin

Sources :
A- Zhejiang College of Traditional Chinese Medicine 1987.
B- Xia Guicheng (Nanjing College of Traditional Chinese Medicine) 1987.

Zhejiang College of Traditional Chinese Medicine. The physiological characteristics of females. In: A handbook of traditional Chinese gynecology. Linden: Blue Poppy Press; 1987. p. 1-6.
Caractéristiques physiologiques de la femme

Les femmes sont pourvues d’un utérus ainsi que d’autres organes reproducteurs analogues à ceux de l’homme. L’utérus est situé au centre de la partie inférieure de l’abdomen et se trouve entre la vessie et le rectum. Il est relié au canal endocervical par un réseau de collatéraux répartis dans l’utérus, d’où l’une des appellations de cet organe fu extraordinaire bao luo gong. Il est ainsi nommé dans le Huangdi Neijing parce qu’il est responsable des menstruations et de la gestation. En tant qu’organe fu extraordinaire, il n’appartient à aucun organe interne particulier et n’entretient pas de relation intérieur/extérieur avec n’importe quel organe interne. Néanmoins, l’utérus est étroitement lié au qi, au sang, aux zang-fu, ainsi qu’aux méridiens et collatéraux de l’ensemble du corps.

La physiologie des femmes se caractérise de manière spécifique par le flux menstruel, les pertes blanches, la conception et l’accouchement. Les femmes sont également particulièrement sujettes aux atteintes de l’origine du sang. La génération, la circulation et le contrôle du sang dépendent du mécanisme de régulation du qi. Inversement, le qi doit être nourri par le sang. De cette interdépendance découle la théorie selon laquelle : « le qi est le commandant du sang tandis que le sang est la mère du qi. » En raison de cette interdépendance, la bonne santé dépend d’une régulation coordonnée et de l’harmonie du qi et du sang. Le qi et le sang prennent tous deux leur origine dans les zang-fu. Le Cœur gouverne le sang. Le Foie stocke et régule le sang. La Rate maintient le sang dans les vaisseaux. Les Reins conservent l’Essence pour la production du sang. Et les Poumons gouvernent la circulation du qi, lequel en retour commande le sang. De plus, la Rate et l’Estomac sont considérés comme la source du qi et du sang. Ainsi ce n’est que lorsque les cinq zang fonctionnent en paix et en harmonie que le qi et le sang peuvent circuler librement et régulièrement permettant de prévenir de nombreux troubles.

Les fonctions des méridiens et des collatéraux consistent à faire circuler le qi et le sang et à relier les organes zang et fu afin qu’ils fonctionnent en synergie faisant ainsi du corps une unité organique unique. Non seulement les méridiens extraordinaires chongmai, renmai, dumai et daimai sont étroitement liés à la physiologie féminine mais aussi certains méridiens réguliers tels que le méridien du Rein shaoyin du pied, le méridien du Foie jueyin du pied, le méridien de la Rate taiyin du pied, le méridien de l’Estomac yangming du pied. Parmi eux les méridiens chongmai et renmai sont les plus importants. Wang Bing (note 1), célèbre médecin de la dynastie Tang, disait : « Les chongmai et renmai sont des (méridiens) extraordinaires. « C’est) l’abondance du qi des Reins qui permet leur circulation non obstruée. Le flux menstruel augmente jusqu’à son évacuation au moment approprié. Le chongmai est appelé mer du sang tandis que le renmai gouverne la conception. Lorsque ces deux méridiens interagissent, la conception peut avoir lieu. »

Ces propos illustrent l’importance fondamentale des chongmai et renmai dans les fonctions reproductrices féminines. C’est pourquoi, lorsqu’on parle en gynécologie et obstétrique, on considère souvent ces méridiens comme responsables de la génération de la descendance sans référence directe aux organes et entrailles.

Sur le plan anatomique, les chongmai et renmai prennent origine dans l’utérus. Le renmai gouverne tous les yin du corps tandis que les fonctions du chongmai constituent la mer des douze méridiens principaux. Quant au dumai, mer de tous les yang, il prend également origine dans l’utérus et à partir duquel il monte le long de la colonne vertébrale. Ainsi le yang ne peut se développer que s’il est nourri par le yin. Le daimai, pour sa part, contient et régule les chongmai, renmai et dumai en encerclant la région lombaire. Il est admis que ces trois méridiens ont une origine commune mais se séparent suivent des trajets distincts tout en étant liés par le daimai. Par ailleurs, des collatéraux répartis dans l’utérus se connectent respectivement vers le haut au Cœur et vers le bas aux Reins. En outre leur relation avec les organes internes est encore renforcée par la convergence des trois méridiens du Foie, de la Rate et du Rein au niveau du renmai mais aussi par la concentration de leurs collatéraux secondaires dans la région des organes génitaux. En résumé, l’utérus est profondément lié à l’état des zang-fu, du qi, du sang, ainsi qu’aux méridiens et collatéraux en général, et plus particulièrement aux chongmai, renmai et aux méridiens du Foie, de la Rate et du Rein. Cela en dépit de la terminologie courante d’organe extra-ordinaire qui pourrait laisser supposer un organe isolé déconnecté et indépendant du reste du corps (note 2).

Le cycle menstruel

Chez les femmes en bonne santé, la menstruation débute selon un cycle mensuel régulier vers l’âge de quatorze ans. Ce cycle est en principe d’environ vingt-huit jours. La ménarche est traditionnellement considérée comme liée à l’état des Reins ainsi qu’aux méridiens chongmai et renmai. Dans le suwen il est indiqué que la menstruation tiangui apparaît à l’âge de quatorze ans si le flux du renmai est libre et si le chongmai est abondant. L’apparition normale des règles indique que la femme est désormais capable de concevoir. Il est également précisé que le renmai devient souvent vide à l’âge de quarante-neuf ans lorsque le chongmai n’est plus suffisamment plein pour l’alimenter. Ainsi le tiangui s’épuise à ce moment de la vie d’une femme. Cela explique l’obstruction et l’altération des voies menstruelles ainsi que l’incapacité à concevoir.

Le terme tiangui en médecine traditionnelle chinoise désigne le qi primordial céleste ainsi que les liquides substantiels des Reins et leur fonction. Lorsqu’une femme atteint quatorze ans, l’eau des Reins est normalement abondante, pleine jusqu’à déborder. Cela permet au renmai de circuler librement. Cela marque le début de la période de pleine maturité de la femme durant laquelle son sang menstruel est suffisamment abondant pour s’écouler périodiquement. Cependant lorsque les méridiens ren et chong deviennent vide et que l’eau des Reins est presque épuisée vers quarante-neuf ans, la ménopause survient et la capacité reproductive de la femme diminue. La ménarche peut apparaître entre douze et dix-huit ans selon la constitution individuelle et les conditions climatiques locales (note 3). Dans la plupart des cas, les règles deviennent mensuelles après leur première apparition. Toutefois chez certaines femmes, elles peuvent être espacées d’un à deux mois voire jusqu’à six mois après la première apparition. Si une jeune fille ne présente aucun autre trouble, si ce n’est, sur le plan clinique, le retard de ses secondes règles, elle est considérée comme normale, bien que cette absence temporaire puisse être source d’inquiétude. Un tel délai s’explique par le fait que le sang menstruel ne devient régulier que lorsque le qi des Reins est abondant et que la maturité de la femme est atteinte. De même, l’apparition de la ménopause peut varier selon la constitution et le climat survenant plus tôt ou plus tard que l’âge classique de quarante-neuf ans.

Le cycle menstruel normal dure environ vingt-huit jours mais une variation entre vingt-cinq et trente-cinq jours est également considérée comme normale. Les règles durent généralement de trois à cinq jours avec des cas exceptionnels allant jusqu’à sept jours. Le volume menstruel chez les femmes non mariées c’est-à-dire vierges est en moyenne de cinquante à cent millilitres. Il est généralement plus élevé chez les femmes mariées ayant une activité sexuelle active. Le sang menstruel est habituellement clair au début puis devient plus foncé. Il ne doit contenir ni caillots ni odeur particulière et ne doit être ni trop fluide ni visqueux.

Chez la plupart des femmes, des manifestations prémenstruelles peuvent apparaître telles que de légères douleurs lombaires, une distension abdominale basse, une faiblesse des membres, des vertiges, une tension mammaire. Ces symptômes disparaissent généralement spontanément après les règles.

Certaines femmes présentent des menstruations bimestrielles, trimestrielles, voire annuelles, en raison de leur constitution. L’absence de règles toute la vie avec capacité de concevoir est appelée « menstruation occulte ». En revanche la persistance de règles régulières pendant la grossesse sans nuire au fœtus est appelée « menstruation stimulée ». Ces cas sont rares mais ne sont pas considérés comme pathologiques.

Grossesse et accouchement

La grossesse survient après la fécondation de l’ovule. Selon la médecine occidentale, la conception résulte de la fusion du spermatozoïde et de l’ovule dans l’ampoule de la trompe utérine après maturation des organes reproducteurs. Le zygote est ensuite transporté vers l’utérus où il s’implante dans l’endomètre et se développe progressivement en fœtus.

La grossesse s’accompagne de plusieurs modifications physiologiques telles que l’arrêt des règles, l’augmentation des sécrétions vaginales, la modification de la pigmentation des organes génitaux externes, l’augmentation du volume des seins avec assombrissement de l’aréole. Chez certaines femmes, un léger écoulement lacté appelé lactation initiale peut apparaître précocement. La plupart des femmes enceintes développent une attirance pour les aliments acides et une aversion pour d’autres aliments et saveurs. Ces manifestations, appelées « nausées matinales », s’accompagnent de vomissements et parfois de vertiges. Ces symptômes disparaissent généralement et spontanément à la fin du premier trimestre. Cependant ces symptômes peuvent persister. L’augmentation du volume abdominal devient visible après environ trois mois. Par la suite, la femme perçoit les mouvements du fœtus. Durant le dernier trimestre, les plaintes typiques incluent des mictions fréquentes et une constipation dues à la pression exercée par le fœtus.

La femme enceinte doit adapter son état mental et son mode de vie afin de favoriser le bon développement du fœtus. Cela correspond à l’« éducation fœtale ». Cette notion implique des mesures destinées à influencer favorablement le développement intra-utérin. Cette idée est en réalité tout à fait scientifique et s’accorde non seulement à la théorie des soins prénataux mais aussi à l’objectif d’amélioration du niveau de santé de la population (note 4). Selon les textes anciens (Records of the Historian ), la mère du premier empereur des Zhou occidentaux évitait les images, sons et paroles néfastes, ce qui aurait contribué à la grandeur de son fils. Des ouvrages ultérieurs détaillent davantage ces pratiques. Par exemple, dans les ouvrages « Approaches to the Cultivation of the Fetus » (Approches de la culture du fœtus) et « A complete (collection) of effective prescriptions for woman » (Recueil complet de prescriptions efficaces pour les femmes), rédigés par Xu Zi-chai sous la dynastie des Song du Nord (960-1127), une section distincte a été spécialement consacrée à ce sujet, intitulée « Éducation fœtale ». L’éducation fœtale implique une discipline stricte dès la conception. En ce qui concerne les activités quotidiennes, il est recommandé à la femme enceinte de s’abstenir de l’usage non contrôlé de médicaments, de toute consommation d’alcool, des traitements par acupuncture, du port d’objets lourds, de l’ascension de hauteurs et de la prise de tout autre risque similaire. Il était déjà connu à cette époque que la peur pouvait compliquer l’accouchement et affecter l’enfant tel que développer une épilepsie après la naissance. Les femmes enceintes sont encouragées à marcher modérément, à éviter la fatigue excessive et à s’abstenir des Sept Émotions, des cinq saveurs inappropriées et de l’activité sexuelle. Sur le plan mental, il est indiqué dans « A complete collection of effective prescriptions for woman » que l’enfant, durant le premier trimestre, est appelé « le fœtus initial ». C’est la période durant laquelle l’enfant commence à pouvoir être modelé. Si l’on souhaite chez l’enfant une allure digne et élégante, la mère doit penser, parler et agir avec retenue. Si l’on désire une belle descendance elle doit porter un objet de jade. Si l’on souhaite un enfant spirituel, elle doit lire des vers et des poèmes. Cela s’explique par le fait que la réception extérieure communique avec la malléabilité intérieure. Il est également indiqué dans un autre classique de gynécologie que l’éducation fœtale consiste à s’efforcer de demeurer dans le calme. Le fœtus se développera en paix s’il existe une circulation du qi bien régulée. Cependant il sera perturbé par le moindre mouvement rebelle du qi tel qu’une circulation entravée due à la colère, ou encore des vomissements et des épistaxis dus à une montée anormale. À l’inverse une descente excessive du qi du Foie peut entraîner des métrorragies et des fausses couches. Ainsi l’élément le plus important que la mère doit maintenir est une circulation du qi stable et harmonieuse afin que l’enfant puisse acquérir une disposition lumineuse et joyeuse et être exempt d’un tempérament maussade (note 5). Les théories ci-dessus illustrent la compréhension profonde de l’éducation fœtale dans la Chine ancienne. Étant donné que la planification familiale est aujourd’hui encouragée et pratiquée à l’échelle mondiale, (ces théories) méritent d’être comprises afin de promouvoir la théorie de l’eugénisme.

L’accouchement est un processus physiologique normal (note 6) survenant environ deux cent quatre-vingts jours après la conception. Plus les contractions utérines augmentent, plus la sensation de poussée dans les régions lombaire et abdominale devient intense, avec des intervalles entre les contractions qui se raccourcissent progressivement. Les contractions rythmiques de l’utérus peuvent être si puissantes que la patiente ressent un besoin pressant d’uriner et/ou de déféquer. Normalement, c’est la tête du nourrisson qui apparaît en premier après l’effacement complet du col de l’utérus, ce qui correspond au deuxième stade du travail. L’accouchement se termine par la reprise des contractions utérines environ dix à quinze minutes après la naissance de l’enfant ce qui s’accompagne de la poursuite de l’hémorragie vaginale et de l’expulsion du placenta. Cela correspond au troisième et dernier stade du travail. Ainsi, l’ensemble du processus de l’accouchement comprend la période allant du début des contractions utérines régulières jusqu’à l’expulsion complète du placenta hors du corps. Une durée de quatorze à dix-huit heures chez les primipares et de huit à douze heures chez les multipares est généralement requise.

Les liquides organiques peuvent devenir très vide à la suite d’un effort excessif et d’une hémorragie importante pendant l’accouchement. La femme en post-partum peut avoir perdu une grande quantité de yin. Cela peut entraîner une dissipation et une fuite du yang en raison de l’incapacité du yin à contenir le yang. Cela peut également conduire à une impossibilité de refermer les niveaux énergétiques de la peau et des muscles. Quelques jours après l’accouchement, une légère fièvre, une aversion au froid et une sudation abondante peuvent apparaître et le pouls peut être perçu comme souple et légèrement rapide (note 7). Aucun traitement médical n’est nécessaire sauf si ces symptômes persistent pendant plusieurs jours. Les lochies s’arrêtent spontanément après avoir diminué progressivement sur environ sept à dix jours. Elles sont d’abord rouge vif puis deviennent rosées. Certaines femmes peuvent présenter des douleurs du bas-ventre dues aux contractions utérines. Cela est appelé, en médecine traditionnelle chinoise, « douleur du coussin de l’enfant ». Ce phénomène est généralement auto-limitant et disparaît en une à deux semaines après l’accouchement.

La reprise du flux menstruel après l’accouchement dépend du fait que la femme allaite ou non. Les femmes qui n’allaitent pas peuvent retrouver leur cycle menstruel un à deux mois après l’accouchement, tandis que celles qui allaitent peuvent retrouver leurs règles six à douze mois plus tard.

NOTES DE L'EDITEUR

1 . Wang Bing était un taoïste qui a préparé une édition de la dynastie Tang du huang di nei jing su wen, dans laquelle il a ajouté plusieurs chapitres apocryphes sur la chronobiologie, connus sous le nom de wu yun liu qi (Cinq Mouvements / Six Qi).

2. Une telle compréhension de la globalité organique du corps s’oppose à la perspective analytique étroite de la médecine occidentale qui, selon l’auteur, semble parfois trop prompte à recourir à l’ablation de l’utérus pour des causes mineures.

3. Cette remarque rappelle utilement l’importance des variations constitutionnelles, raciales et environnementales pour déterminer ce qui constitue ou non un trouble nécessitant une prise en charge médicale.

4. Cela fait écho à la préoccupation confucéenne ancienne concernant la relation entre le bien individuel et le bien collectif. Cette phrase met en évidence une différence marquée entre la pensée chinoise et les préoccupations souvent centrées sur l’individu dans les sociétés occidentales.

5. Étant donné que le qi et l’esprit sont étroitement liés — constituant en réalité deux aspects d’une même réalité — un esprit calme correspond à une circulation du qi calme et harmonieuse, et inversement.

6. Cela contraste avec la tendance de la médecine occidentale à considérer l’accouchement comme une urgence médicale potentiellement vitale.

7. Le traducteur, Zhang Ting-Liang, utilise ici le qualificatif de pouls « lent ». L’éditeur a modifié le terme par « souple », car « lent » semble difficilement compatible avec la qualité simultanée de « légèrement rapide ».

Xia G, Guo H, Gu Y, et al. Characteristics of Female Physiology. In: Concise Traditional Chinese Gynecology. Nanjing: Jiangsu Science and Technology Press; 1987. p. 1-10.
Caractéristiques de la physiologie féminine

Lors de l’étude des caractéristiques de la physiologie féminine, il convient de comprendre les relations entre les organes zang-fu, les méridiens et leurs collatéraux, le yin et le yang ainsi que le qi et le sang, d’une part et les menstruations, les pertes blanches, la grossesse et l’accouchement, d’autre part. Il est également essentiel de saisir le rôle des Reins, du Foie, de la Rate, de l’Estomac ainsi que des méridiens chongmai et renmai dans la physiologie féminine.

I. Utérus

Situé au centre de la cavité pelvienne, l’utérus est l’organe responsable de la production des menstruations et de la nutrition du fœtus. En raison de sa morphologie et de sa fonction particulière, il est classé parmi les fu extraordinaires.

L’utérus est en relation directe avec les méridiens chongmai, renmai et dumai en particulier avec chongmai et renmai. Il est également en lien avec les organes zang-fu et les douze méridiens principaux. Des méridiens et collatéraux relient directement l’utérus au Cœur et aux Reins. Selon les classiques médicaux, le collatéral de l’utérus est rattaché aux Reins, dépend du Cœur et communique avec l’utérus lui-même. Le Cœur gouvernant le sang et les Reins stockant l’essence, leur fonctionnement harmonieux assure un apport suffisant en sang et en essence à l’utérus rendant possibles des menstruations régulières et la grossesse.

II. Menstruation

La ménarche, première apparition des règles, survient généralement vers l’âge de 14 ans. Les menstruations se produisent ensuite à un rythme mensuel jusqu’aux environs de 50 ans, ce qui leur vaut le nom de « marée mensuelle ». Leur apparition dépend de l’abondance du qi des Reins, de la mise en activité du tiangui (note 1) ainsi que du bon fonctionnement des méridiens chongmai et renmai. Les textes anciens indiquent qu’à 7 ans, le qi des Reins commence à se développer, favorisant la croissance, à 14 ans il devient florissant, le tiangui apparaît et les méridiens chongmai et renmai sont abondants et libres, ce qui entraîne l’apparition des menstruations.

Le méridien chongmai, appelé « mer du sang » est le lieu de convergence du qi et du sang des douze méridiens principaux. Il prend naissance dans l’utérus, émerge au périnée puis monte vers la gorge où il rejoint le renmai avant de contourner les lèvres.

Le méridien renmai, appelé « mer des méridiens yin », gouverne l’utérus et le fœtus. Il naît dans l’utérus, émerge au périnée, puis remonte le long de la ligne médiane antérieure. Il rencontre les trois méridiens yin du pied (Foie, Rate, Rein) aux points 2VC (qugu), 3VC (zhongji) et 4VC (guanyuan).

Lorsque le qi et le sang sont abondants dans le chongmai et que le renmai est libre de toute obstruction, les menstruations apparaissent. Après les règles, la « mer du sang » est temporairement vide, correspondant à un état relatif de plénitude de qi et de vide de sang.

Les menstruations sont également liées au méridien dumai. Celui-ci naît dans l’utérus, émerge au périnée, puis remonte le long de la ligne médiane postérieure où il rencontre tous les méridiens yang au point 14VG (dazhui). Il atteint le sommet du crâne puis redescend vers la face antérieure pour rejoindre le renmai au point 28VG (yinjiao).

Les méridiens renmai et dumai circulent en cycles continus le long des axes antérieur et postérieur assurant l’équilibre du yin et du yang et la périodicité des menstruations.

Au cours d’une à deux années suivant la ménarche, les cycles peuvent être irréguliers ou intermittents en raison d’un qi des Reins encore insuffisant et d’un tiangui instable. Avec la maturation de l’organisme, les menstruations deviennent régulières.

Entre 45 et 50 ans, le cycle devient irrégulier, avec des flux tantôt abondants, tantôt faibles, jusqu’à l’installation de la ménopause. Tout saignement survenant après la ménopause doit faire l’objet d’un examen attentif afin d’exclure une pathologie.

Certaines femmes en bonne santé présentent des cycles espacés tous les deux ou trois mois, voire une fois par an. Si la périodicité est conservée, ces variantes sont considérées comme physiologiques. D’autres peuvent concevoir sans avoir présenté de menstruations visibles. On parle alors de « menstruations invisibles ».

Au cours de chaque cycle, la perte sanguine est d’environ 100 ml avec des variations liées à la constitution, à l’âge, au climat, à l’environnement, au mode de vie et à l’état émotionnel. La durée des règles est habituellement de 3 à 5 jours parfois jusqu’à 7 jours. Le sang menstruel est normalement rouge foncé, plus clair au début, plus abondant et foncé au milieu, puis plus pâle en fin de cycle. Il ne contient pas de caillots, n’est ni trop fluide ni trop épais et ne présente pas d’odeur fétide.

III. Pertes blanches

Les pertes blanches correspondent à une sécrétion vaginale dont la fonction est d’humidifier le vagin.

Elles sont étroitement liées aux menstruations. Entre la ménarche (vers 14 ans) et la ménopause (vers 50 ans), les femmes sécrètent normalement une petite quantité de pertes blanches, fluides, légèrement visqueuses et inodores. Au milieu du cycle, lors de l’ovulation, leur quantité augmente et elles deviennent plus épaisses, visqueuses et translucides. L’ovulation traduit le développement maximal de l’essence yin de l’organisme. Lorsque le yin atteint son apogée, il se transforme nécessairement en yang. Ainsi, après l’ovulation, la quantité de sécrétion diminue.

Les variations périodiques des pertes blanches reflètent donc les phases de consommation et de croissance de l’essence yin et sont synchronisées avec le cycle menstruel. Au début de la grossesse, le sang yin s’accumule vers le bas pour nourrir le fœtus, ce qui entraîne une augmentation correspondante des sécrétions.

Les pertes blanches sont en relation étroite avec le yin des Reins et le tiangui car les Reins stockent l’Essence et gouvernent les liquides tandis que le tiangui est constitué en grande partie d’Essence yin.

Elles sont également liées aux méridiens renmai et daimai. Le renmai, « mer des méridiens yin », gouverne l’ensemble des substances yin du corps y compris l’Essence, le sang et les liquides organiques. Le daimai entoure transversalement la taille et a pour fonction de réguler les méridiens chongmai, renmai ainsi que ceux du Rein, du Foie et de la Rate. Après la ménopause, le tiangui s’épuise, les méridiens chongmai et renmai s’affaiblissent et les sécrétions disparaissent.

Par ailleurs, les pertes blanches sont en relation avec la Rate et l’Estomac. Ces derniers constituent la source de la production du qi et du sang. Lorsque l’Essence acquise issue de l’alimentation nourrit correctement l’Essence innée, l’Essence yin demeure abondante. De plus, la Rate et l’Estomac assurent la transformation et le transport des liquides organiques. Leur dysfonctionnement peut perturber le métabolisme de l’eau. Enfin, les méridiens renmai et daimai dépendent de la Rate et de l’Estomac pour leur nutrition rendant leurs fonctions mutuellement interdépendantes.

IV. Grossesse et accouchement
1. Grossesse

Lorsque le qi des Reins est abondant, que le tiangui est présent et que les méridiens chongmai et renmai sont vigoureux et libres de toute obstruction, l’union des Essences lors des rapports sexuels peut conduire à la conception. Après la conception, les menstruations cessent et le sang yin s’accumule dans les méridiens chongmai et renmai afin de nourrir le fœtus dans l’utérus. Il en résulte un état relatif de vide de sang et de plénitude de qi, correspondant à une accumulation de yin dans la partie inférieure du corps et à une plénitude de yang dans la partie supérieure. Au début de la grossesse, le qi du chongmai est en plénitude. Étant en relation avec le Foie, leurs qi respectifs ont tendance à s’agiter. Cette montée excessive du qi du chongmai peut entraîner une perturbation ascendante donnant lieu à des manifestations de vide de yin du Foie telles que vertiges, nausées et appétence pour les aliments acides. Ces modifications physiologiques transitoires disparaissent spontanément en deux à trois mois.

À trois mois de grossesse, le bas-ventre commence à se développer. Les seins augmentent de volume et les mamelons ainsi que les aréoles deviennent plus foncés. Entre quatre et cinq mois, les mouvements fœtaux deviennent perceptibles. À six ou sept mois, l’abdomen est nettement augmenté de volume et les mouvements fœtaux sont plus marqués. En fin de grossesse, la croissance du fœtus peut entraîner une compression de la vessie et du rectum provoquant des mictions fréquentes ou difficiles ainsi qu’une constipation.

2. Accouchement

Après environ quarante semaines de grossesse soit approximativement 280 jours, le travail débute.

Chez certaines femmes enceintes de huit à neuf mois, des douleurs abdominales sourdes peuvent apparaître sans autres signes annonciateurs du travail. Ces douleurs disparaissent spontanément. De même, à terme, des douleurs abdominales peuvent survenir sans lombalgie. Ces situations peuvent prêter à confusion avec le travail véritable.

Le travail normal survient à terme. Il se caractérise par des douleurs intermittentes à la fois abdominales et lombaires dont la fréquence et l’intensité augmentent progressivement. Elles s’accompagnent d’une sensation de pesanteur pelvienne et de pression au niveau anal. Surviennent ensuite la rupture de la poche des eaux et un saignement précédant immédiatement la naissance. Après l’expulsion du fœtus, le placenta est délivré.

Les pertes sanguines lors de l’accouchement consomment brutalement le sang yin et entraînent une montée relative du yang qi. Fréquemment, un à deux jours après l’accouchement, des signes de vide de yin et de plénitude de yang, tels qu’une fébricule, une aversion pour le froid et des sueurs spontanées peuvent se présenter. En l’absence de facteur pathogène, ces manifestations disparaissent rapidement.

Pendant plusieurs jours après l’accouchement, des douleurs intermittentes modérées du bas-ventre peuvent persister avec présence de masses palpables. Un écoulement vaginal de sang rouge foncé de faible abondance est également observé : il s’agit des lochies. Celles-ci persistent environ vingt jours, leur couleur s’éclaircit progressivement et leur quantité diminue. Ces phénomènes sont physiologiques. Après un repos d’un à deux mois, la récupération est complète.

L’allaitement constitue une fonction physiologique normale. Pendant la grossesse, les seins subissent des transformations préparatoires. Après l’accouchement, une partie de l’essence produite par la Rate et l’Estomac nourrit la mère tandis qu’une autre partie s’élève avec le qi du chongmai et du méridien yangming vers les seins où elle est transformée en lait. En général, les menstruations sont absentes pendant la période d’allaitement.

NOTES DES AUTEURS

1. Le tiangui est analogue au yin du Rein. Il constitue une substance essentielle impliquée dans la genèse et le déclenchement des menstruations.

Rédacteur : Dr Claude Pernice

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