
Essai contrôlé randomisé
| Zheng DY1, Ding P2, Gong M1, Zhu HW1, Shi HJ1, Ren GL2, Jin LY3, Wang YQ4, Yuan HB1, Li YH1. Transcutaneous Electrical Acupoint Stimulation vs Metoclopramide for Moderate to Severe Postoperative Nausea and Vomiting: A Randomized Clinical Trial. JAMA Surg. 2026 Mar 1;161(3):268-273. [1] |
2Department of Anesthesiology, The 983rd Hospital of the Chinese People's Liberation Army Joint Logistics Support Force, Tianjin, China.
3Department of Anesthesiology, Fifth People's Hospital of Shanghai Fudan University, Shanghai, China.
4Department of Anesthesiology, Shuguang Hospital Affiliated to Shanghai University of Traditional Chinese Medicine, Shanghai, China.
L'étude
Lieu
Essai multicentrique réalisé en Chine, dans quatre hôpitaux universitaires à Shanghai et Tianjin.
Objectif
Évaluer l’efficacité d’un dispositif portable d'électroacupuncture transcutanée (TEAS) au point 6MC, comparé au métoclopramide, dans le traitement des nausées et vomissements postopératoires (NVPO) modérés à sévères après anesthésie générale.
Patientes
- Femmes âgées entre 25 et 55 ans
- Chirurgie programmée sous anesthésie générale (thyroïdectomie ou chirurgie cervicale antérieure)
- Survenue, dans les 24 heures postopératoires, de NVPO modéré à sévère (score ≥ 4 sur échelle numérique [NRS, 0–10])
- Statut ASA I–II, correspondant à un bon état général préopératoire ▶ A
A. Score ASA. Classification de l’état général préopératoire
Le score ASA, ou classification ASA-PS (American Society of Anesthesiologists Physical Status), est une échelle clinique utilisée en anesthésie pour décrire l’état général préopératoire du patient. Il ne s’agit pas d’un score de risque chirurgical à proprement parler mais d’une classification du terrain médical, indépendante du type d’intervention. Plus la classe est élevée, plus les comorbidités sont importantes et l’état général altéré. Dans les études sur les nausées et vomissements postopératoires, il sert surtout à caractériser la population incluse et à vérifier la comparabilité des groupes, sans constituer à lui seul un facteur spécifique de risque.
Interventions
232 patientes sont randomisées en 2 groupes :
- TEAS (transcutaneous electrical acupoint stimulation) : électroacupuncture transcutanée au point 6MC via le bracelet EmeTerm (figure 1) + injection placebo (sérum physiologique)
- Métoclopramide : métoclopramide IV 10 mg + TEAS placebo avec dispositif inactivé.
Il s’agit donc d’un essai en double placebo (chaque groupe recevant un traitement actif associé au placebo de l’autre intervention), permettant de comparer équitablement un dispositif et un médicament tout en maintenant l’aveugle.
Figure 1. Bracelet EmeTerm d’électroacupuncture de surface au 6MC (https://www.emeterm.com/fr)
Le bracelet EmeTerm (modèle YF-ZTY-E1 ; WATMedical Enterprise, Canada) est un dispositif portable, réutilisable et rechargeable. Il est appliqué à un poignet, sans précision du côté, avec des électrodes cutanées positionnées en regard du 6MC et sans gel conducteur.
La stimulation est délivrée selon 5 niveaux correspondant à des tensions de sortie croissantes (22,8 à 36 V) et est, dans l’étude, individualisée avant utilisation par augmentation progressive depuis le niveau 1 jusqu’à l’apparition de paresthésies dans le territoire du nerf médian, le niveau maximal bien toléré constituant l’intensité thérapeutique. Elle repose sur des impulsions électriques d’une fréquence de 33 Hz, avec une largeur d’impulsion de 100 µs. Le dispositif est maintenu au moins durant les deux premières heures correspondant à la phase initiale d’évaluation. Aucun ajustement de l’intensité en cours d’utilisation n’est rapporté dans l’article.
Le dispositif placebo consiste en un appareil ne délivrant pas de courant tout en émettant les mêmes signaux lumineux.
Notons que, selon le manuel d’utilisation, le 6MC est situé « 2–3 cm au-dessus du pli du poignet » ou « deux travers de doigt » (image). Or deux travers de doigt correspondent classiquement à 1,5 cun et non à 2 cun, tandis qu’une distance de 2–3 cm est insuffisante pour représenter 2 cun. Cette discordance traduit une confusion d’échelle entre les unités de repérage en acupuncture (cun, travers de doigt, centimètres), vraisemblablement compensée par la surface des électrodes.
Critères d'évaluation
- Critère principal : taux de rémission des NVPO à 2 heures après l'intervention initiale défini comme un soulagement significatif des symptômes avec un score NRS ≤ 3 (figure 2).
- Critères secondaires :
- Taux de rechute à 24 heures après une réponse initiale (figure 2)
- Taux de rémission à 2 heures après cross-over chez les patientes non répondeuses à l’intervention (figure 2)
Figure 2. Schéma de l’essai randomisé comparant TEAS au 6MC et métoclopramide (d'après Zheng DY et al., 2026)
Les patientes présentant des NVPO ≥ 4 sont randomisées en deux groupes selon un design en double placebo : TEAS actif associé à une injection placebo, ou métoclopramide IV associé à un dispositif TEAS inactif. Le critère principal est évalué à 2 heures et correspond à la rémission des symptômes (NVPO ≤ 3).
En cas de réponse ✓, le traitement est poursuivi et le critère secondaire correspond au taux de rechute à 24 heures (NVPO ≥ 4).
En cas d’absence de réponse à 2 heures ✕, une nouvelle randomisation est réalisée, avec allocation vers le traitement alternatif (cross-over) : métoclopramide IV ou TEAS actif, chacun associé à son placebo correspondant (injection placebo ou dispositif inactif). Le taux de rémission à 2 heures après ce traitement de secours constitue un critère secondaire.
L’ensemble du protocole permet ainsi d’évaluer l’efficacité initiale, la durabilité de la réponse et l’efficacité en situation de recours thérapeutique.
Principaux résultats
- Le TEAS augmente nettement la probabilité de rémission précoce des NVPO, avec une réduction du risque d’environ 50 % à 2 heures (figure 3).
- Cet effet persiste à 24 heures, avec une diminution très importante des rechutes par rapport au métoclopramide (figure 4).
Figure 3. Taux de rémission des NVPO à 2 heures (d'après Zheng DY et al., 2026)
Le TEAS augmente significativement le taux de rémission à 2 heures (77,6 % vs 55,2 %), avec une réduction relative du risque de NVPO de 50 % (RR = 0,50 ; IC 95 % : 0,34–0,73) et un nombre nécessaire à traiter (NNT) d’environ 3. *** p < 0,001.
- Chez les patients présentant des NVPO réfractaires à 2 heures, le cross-over a montré une réponse thérapeutique marquée. Après échec du métoclopramide, 75 % des patients ont répondu au TEAS actif contre 8,3 % sous stimulation simulée (p < 0,001). Inversement, après échec initial du TEAS, 50 % des patients ont obtenu une rémission sous métoclopramide contre 0 % sous placebo (p = 0,006).
Ces résultats mettent en évidence une efficacité particulièrement notable du TEAS en situation de recours après échec d’un traitement antiémétique standard et suggèrent une complémentarité possible avec le métoclopramide dans une stratégie séquentielle.
Conclusions des auteurs
Le TEAS portable au 6MC est supérieur au métoclopramide dans les NVPO modérées à sévères et constitue une alternative non pharmacologique efficace pour la récupération postopératoire.
Commentaires
Les NVPO touchent environ 30% de la population chirurgicale générale, dont 22-38% pour la nausée, 12-26% pour le vomissement selon le terrain, le type de chirurgie, l'anesthésie et l'exposition aux opioïdes et jusqu'à 80% chez les patients à risque. Le risque de NVPO est classiquement estimé à partir du score d’Apfel (0 à 4) ▶ B. Dans l’étude, les groupes présentent un score d’Apfel médian de 2, indiquant un niveau de risque intermédiaire, avec des caractéristiques comparables au départ.
B. Score d’Apfel. Estimation du risque de NVPO
Le score d’Apfel est un outil clinique simple permettant d’estimer le risque de nausées et vomissements postopératoires à partir de quatre facteurs indépendants. Chaque facteur présent compte pour un point, définissant un score de 0 à 4. Le risque de NVPO augmente de manière progressive avec le score, allant de moins de 10 % en l’absence de facteur à près de 80 % lorsque les quatre facteurs sont réunis. Il permet de stratifier les patients selon leur niveau de risque et d’orienter les stratégies prophylactiques en pratique anesthésique.
Les NVPO peuvent entraîner des complications cliniques (douleurs et fatigue accrues, déshydratation, désunion de plaie) et altérer fortement la satisfaction des patients, le vomissement étant souvent considéré comme l’effet indésirable le plus redouté, devant la douleur incisionnelle et la nausée.
Elles prolongent la durée de récupération et d’hospitalisation, générant un surcoût pour le système de santé. Leur prise en charge repose sur des traitements antiémétiques dont les effets indésirables, fréquents mais généralement bénins, varient selon les classes (céphalées, sédation, sécheresse buccale).
Dans ce contexte, l’acupuncture constitue une stratégie complémentaire dont l’intérêt mérite d’être examiné à la lumière de cette étude publiée dans JAMA Surgery (facteur d’impact 14,9), revue de référence en chirurgie.
Les nausées et vomissements postopératoires occupent une place singulière dans l’histoire de la recherche clinique en acupuncture. Ils constituent un modèle expérimental particulièrement favorable : le recrutement est aisé dans des contextes chirurgicaux standardisés, les critères de jugement sont simples et objectivables, et la durée de suivi est courte, permettant la conduite d’essais randomisés à grande échelle.
L’intérêt pour l'acupuncture dans ce contexte trouve son origine dans un épisode précis : lors d’un voyage en République populaire de Chine, John Wharry Dundee (1921–1991), professeur d’anesthésie à la Queen’s University of Belfast, observe l’utilisation de l’acupression du point neiguan pour prévenir les vomissements gravidiques. Cette observation lui suggère son application aux nausées et vomissements postopératoires.
Publiée en 1986 dans le British Medical Journal, l’étude princeps de J. W. Dundee et al.1 rapporte deux essais successifs, dont un essai en trois bras incluant une acupuncture au point 6MC, une fausse acupuncture réalisée sur un point non spécifique du pli latéral du coude, et l’absence de traitement, montrant une réduction significative des NVPO uniquement dans le groupe traité au 6MC.
Cette étude constitue le point de départ d’un programme de recherche clinique, principalement mené en Occident. Plus de vingt ans après, cette dynamique aboutit à une nouvelle étape clé : la méta-analyse de Anna Lee et al. (1999)2, épidémiologiste et anesthésiste formée en Australie puis professeure à la Chinese University of Hong Kong, première à démontrer, à partir de 10 essais contrôlés randomisés contre procédure simulée, une efficacité de l’acupuncture supérieure au placebo dans une indication clinique. Anna Lee sera ensuite la première autrice des mises à jour successives de la revue Cochrane (2004, 2009, 2015, 2025), qui confirmeront et actualiseront ces résultats.
À ce titre, les NVPO apparaissent comme un terrain fondateur : ils ont contribué à structurer les standards méthodologiques de la discipline tout en fournissant l’un des premiers niveaux de preuve robustes en faveur de l’efficacité spécifique de l’acupuncture.
1. Dundee JW, Chestnutt WN, Ghaly RG, Lynas AGA. Traditional Chinese acupuncture: a potentially useful antiemetic? BMJ. 1986;293:583–584. https://doi.org/10.1136/bmj.293.6547.583
2. Lee A, Done ML. The Use of Nonpharmacologic Techniques to Prevent Postoperative Nausea and Vomiting: A Meta-Analysis. Anesth Analg. 1999;88:1362–1369. https://doi.org/10.1097/00000539-199906000-00037
Le protocole d'acupuncture
Le 6MC
L’étude utilise un point unique, le 6MC (neiguan). Ce choix s’inscrit dans une littérature exceptionnellement homogène pour l’acupuncture, dans laquelle ce point s’impose comme un véritable standard dans les NVPO. La revue Cochrane la plus récente (Lee 2025 [2]), entièrement dédiée au 6MC, regroupe 77 essais randomisés totalisant près de 10 000 patients, confirmant la centralité de ce point et l’ampleur du corpus qui lui est consacré. Cette concentration se retrouve à l’échelle des protocoles : les autres points mentionnés restent peu nombreux (six au total avec au moins deux occurrences, figure 5), tandis que le 6MC, utilisé seul ou en association, est présent dans les trois quarts des schémas étudiés (figure 6).
L’utilisation d’un point unique, facilement accessible au niveau du poignet, apparaît particulièrement adaptée au contexte périopératoire, où la simplicité et la reproductibilité du geste sont des contraintes majeures. Le choix du 6MC s’appuie en outre sur une indication antiémétique largement décrite dans la littérature classique de l’acupuncture. C’est cette double convergence, pragmatique et empirique, qui a largement orienté son adoption dans les études princeps.
Figure 5. Fréquence d’utilisation des points d’acupuncture dans les protocoles de traitement des NVPO, à partir de 50 études cliniques. Seuls les points rapportés dans plus d’une étude sont représentés (d’après Shi Y et al., 2016 [4])
Figure 6. Répartition des protocoles selon la présence du 6MC, à partir de 30 essais contrôlés randomisés (d’après Cheong KB et al., 2013 [5])
La technique de stimulation
Une méta-analyse en réseau (Zhou 2025 [6] ), portant sur 50 essais contrôlés randomisés, a comparé les techniques de stimulation dans la prévention des nausées et vomissements postopératoires (figure 7). L’analyse des probabilités de classement (SUCRA) met en évidence une hiérarchie d’efficacité dominée par les modalités comportant une composante électrique (figure 8). En l’absence d’antiémétique, la stimulation transcutanée (TEAS) et l’électroacupuncture percutanée occupent les premières positions, devant les techniques mécaniques comme l’acupuncture manuelle ou l’acupression. Cette tendance se renforce en association avec un traitement antiémétique, les approches combinées apparaissant alors les plus performantes. L’ensemble suggère deux déterminants indépendants de l’efficacité, liés à la nature de la stimulation et à l’ajout médicamenteux.
Figure 7. Répartition des techniques de stimulation dans 50 essais contrôlés randomisés évaluant l'acupuncture dans les NVPO (d’après Zhou et al., 2025).
Les techniques se distribuent selon une matrice à deux dimensions reposant sur deux paramètres indépendants : le caractère invasif ou non invasif et la présence ou non d’une composante électrique. Dans la littérature on peut retrouver dans le même contexte l'injection médicamenteuse au 6MC, l'utilisation d'aiguille à demeure ou encore une stimulation électrique.
Figure 8. Courbes de classement SUCRA des interventions d’acupuncture, seules ou associées à un antiémétique, pour l’incidence des NVPO (Zhou et al., 2025)
Les courbes représentent la probabilité cumulative de classement des différentes interventions, du rang le plus efficace au moins efficace. Chaque courbe correspond à une technique ou à une combinaison thérapeutique. Plus une courbe est située vers le haut et la gauche du graphique, plus la probabilité que l’intervention figure parmi les plus efficaces est élevée. Les modalités associant stimulation et antiémétique occupent globalement les meilleurs rangs, tandis que les techniques utilisées seules présentent des classements intermédiaires à plus faibles. Le groupe contrôle se situe en position défavorable sur l’ensemble des rangs.
Le moment de l'acupuncture
L’étude se place dans une logique strictement curative, la stimulation étant initiée en postopératoire, après l’apparition de NVPO modérés à sévères, c’est-à-dire sur des symptômes déjà constitués. Ce positionnement la distingue nettement de la majorité des essais consacrés à l’acupuncture dans cette indication, qui relèvent avant tout d’une approche prophylactique.
Dans cette perspective, l’acupuncture est quasi systématiquement utilisée en préopératoire ou en peropératoire, avec éventuellement une répétition en période postopératoire. Mais au-delà de ce schéma général, la méta-analyse de Zhou 2025 [6] met en évidence une grande variabilité des protocoles, tant sur le timing précis que sur le nombre de séances (figure 9). Cette analyse concerne principalement l’acupuncture et l’électroacupuncture, alors qu'avec les dispositifs portables la question du moment d’intervention se pose différemment, la stimulation pouvant être prolongée dans le temps,
Figure 9. Moments d’intervention dans 47 essais contrôlés randomisés portant sur la prévention des NVPO par acupuncture ou électroacupuncture (d’après Zhou et al., 2025)
Les protocoles comportent de 1 à 3 séances, avec une nette prédominance des séances uniques (76 %). Parmi celles-ci, la majorité est réalisée en période peropératoire (58 %), parfois initiée en préopératoire immédiat. À l’inverse, aucun protocole comportant des séances multiples n’inclut de séance peropératoire. La durée d’une séance est généralement de 20 à 30 minutes, mais l’acupuncture peropératoire couvre le plus souvent l’ensemble de la période, de l’induction anesthésique à la fin de l’intervention, ou se limiter à la phase initiale ou terminale.
Les chiffres associés à chaque modalité correspondent au nombre d’occurrences dans la revue de Zhou et al., 2025).
Une dimension importante de l'étude est la mise en évidence d’une efficacité de l'électroacupuncture de surface non seulement en traitement de première ligne mais aussi en seconde ligne après échec de l’antiémétique. Cela suggère une complémentarité des mécanismes et une intégration possible dans une stratégie thérapeutique graduée, fonction du risque initial et/ou de la réponse au traitement.
Efficacité de l'acupuncture
Une efficacité spécifique de l’acupuncture par rapport à une acupuncture simulée a été mise en évidence dans une méta-analyse dès 1999 (voir encadré Les NVPO : une indication clé dans la construction de la preuve en acupuncture). Ce signal initial a été consolidé par les différentes mises à jour de la revue Cochrane, dont la plus récente (Lee 2026 [2]). Dans cette dernière, les niveaux de preuve s’échelonnent, selon les comparaisons, de modéré à très faible. Ils doivent être mis en perspective avec celui, très faible, des antiémétiques dans cette même revue.
Les dispositifs portables, qu’il s’agisse d’acupression ou de stimulation électrique, ont fait l’objet d’une revue systématique dédiée (Yang 2026 [7], 11 ECR), avec des résultats globalement favorables. Des résultats comparables sont rapportés pour l’électroacupuncture de surface, qu’elle soit réalisée à l’aide de dispositifs portables ou non, dans deux synthèses (Chen 2020 [8], 14 ECR ; Yuan 2025 [9], 17 ECR).
L'acupuncture dans les recommandations de bonne pratique
Sur la période 2008-2026, onze guidelines sur la prise en charge des NVPO ont abordé la question de l’acupuncture dans leur analyse. Un consensus complet apparait quant à sa recommandation dans ce contexte (figure 10), incluant notamment celle de la Société française d’anesthésie et de réanimation (SFAR) dès 2008 [10]. Le "Fifth Concensus Guidelines" (Gan 2025 [11]) en constitue l’expression la plus aboutie à ce jour (figure 10).
Figure 10. Recommandations de bonne pratique (RBP) pour la prise en charge des NVPO : consensus international complet pour l’inclusion de l’acupuncture. Certaine RBP portent sur des contextes chirurgicaux spécifiques (enfant, césarienne, amygdalectomie). ✓ acupuncture comme option recommandée (source : Evidence in Acupuncture 2026 [12]).
le Cinquième consensus sur les NVPO
Ce consensus fait suite à une série de guidelines élaborées depuis 2003 par un groupe d’experts structuré autour du Pr Tong J. Gan (MD Anderson Cancer Center, Houston) et principalement issus de grands centres académiques nord-américains. Ils ont été développés sous l’égide de la Society for Ambulatory Anesthesia (SAMBA) puis en collaboration avec l’American Society for Enhanced Recovery (ASER) avec des participations internationales, dont celle, française, du Pr Pierre Diemunsch (Strasbourg).
Le texte est officiellement endossé par 25 sociétés savantes issues de 16 pays (États-Unis, Australie, Nouvelle-Zélande, Canada, Irlande, Allemagne, Hong Kong, Inde, Indonésie, Japon, Corée du Sud, Malaisie, Thaïlande, Royaume-Uni, Singapour, Afrique du Sud) et une société européenne (European Society of Anesthesiology). Cette large validation institutionnelle confère aux recommandations une portée transnationale remarquable et une légitimité étendue.
Dès la première édition (2003), l’acupuncture est mentionnée parmi les thérapeutiques ayant montré une efficacité antiémétique, mais son statut reste exploratoire et périphérique. Sa place s'est progressivement précisé au fil des mises à jour des recommandations. En 2025, elle apparaît explicitement dans l’algorithme de prise en charge (figure 11), aux côtés des traitements pharmacologiques, comme la seule intervention non médicamenteuse individualisée, intégrée à des stratégies prophylactiques multimodales.
Les NVPO offrent ainsi un exemple supplémentaire de consolidation progressive des preuves et d’intégration graduelle de l’acupuncture dans les stratégies thérapeutiques.
Figure 11. Algorithme de prise en charge des NVPO chez l’adulte (Fifth Consensus Guidelines for the Management of Postoperative Nausea and Vomiting, 2025)
Cet algorithme résume la prise en charge des nausées et vomissements postopératoires chez l’adulte, depuis l’évaluation du risque jusqu’au traitement curatif. L’acupuncture apparaît dans la stratégie de prophylaxie (rubrique 4), aux côtés des traitements médicamenteux, et est identifiée par un pictogramme spécifique. L’encerclement de ce pictogramme est une annotation de notre part visant à attirer l'attention sur sa portée.
À la lumière de l’étude (Zheng DY et al., 2026), l’acupuncture peut être envisagée non seulement comme traitement prophylactique, mais également comme traitement de secours, élargissant ainsi sa place dans l’algorithme de prise en charge.
L'essentiel à retenir
Cet essai contrôlé randomisé en double placebo montre qu’une stimulation électrique transcutanée du point 6MC (TEAS) est plus efficace que le métoclopramide pour induire une rémission rapide des NVPO et en réduire les rechutes à 24 heures. Une efficacité est également observée en seconde ligne en cas d'échec initial du métoclopramide.
Ces résultats s’inscrivent dans une littérature particulièrement cohérente autour du 6MC, point de référence dans cette indication, et suggèrent un avantage des techniques comportant une composante électrique, en particulier lorsqu’elles sont intégrées à une stratégie multimodale.
Les données issues des essais cliniques, des méta-analyses et des recommandations internationales convergent vers une intégration croissante de l’acupuncture dans la prise en charge des NVPO, au-delà d’un usage strictement prophylactique.
Les NVPO occupent enfin une place singulière dans l’histoire de la recherche en acupuncture : ils ont constitué l’un des premiers terrains expérimentaux permettant la mise en évidence d’un effet spécifique face au placebo, contribuant à structurer les standards méthodologiques de la discipline et à en soutenir le développement clinique.
Dr Olivier Goret et Dr Johan Nguyen
Références
- Zheng DY, Ding P, Gong M, Zhu HW, Shi HJ, Ren GL, Jin LY, Wang YQ, Yuan HB, Li YH. Transcutaneous Electrical Acupoint Stimulation vs Metoclopramide for Moderate to Severe Postoperative Nausea and Vomiting: A Randomized Clinical Trial. JAMA Surg. 2026 Mar 1;161(3):268-273. https://doi.org/10.1001/jamasurg.2025.6394 🔓
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- Gan TJ, Jin Z, Ayad S, Belani KG, Habib AS, Meyer TA, Urman RD, Andrew BY, Bergese SD, Chung F, Diemunsch P, Kovac AL, Candiotti K, Englesakis M, Grant MC, Hedrick TL, Huang H, Kranke P, Lloyd SJ, Manahan MA, Minkowitz HS, Philip BK, Phillips BJ, Simpson KD, Stever J. Fifth Consensus Guidelines for the Management of Postoperative Nausea and Vomiting: Executive Summary. Anesth Analg. 2025 Nov 14. https://doi.org/10.1213/ane.0000000000007816 🔓
- Nguyen J, Truong H. Postoperative Nausea and vomiting. Evidence in Acupuncture. Apr 2026 https://ebm.wiki-mtc.org/acupuncture:evaluation:soins-peri-operatoires-nausees 🔓
Mots-clés : Acupuncture péri-opératoire
