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208- Efficacité de l’acupuncture dans les troubles temporo-mandibulaires

Liu L1, Chen Q1, Lyu T1, Zhao L1, Miao Q1, Liu Y1, Nie L1, Fu F1, Li S1, Zeng C1, Zhang Y1, Peng P1, Wang W1, Lin Y1, Li B1. Effect of acupuncture for temporomandibular disorders: a randomized clinical trial. QJM. 2024 Sep 1;117(9):647-656. [1]

1Department of Acupuncture and Moxibustion, Beijing Hospital of Traditional Chinese Medicine, Capital Medical University, Beijing Key Laboratory of Acupuncture Neuromodulation, Beijing 100010, China.

Lieu

Département d'acupuncture et de moxibustion, Beijing Hospital of Traditional Chinese Medicine, Beijing, Chine.

Objectif

Évaluer l’efficacité de l’acupuncture sur la douleur des patients atteints de troubles temporo-mandibulaires (TTM).

Patients

Sont inclus les patients de 18 à 80 ans présentant depuis au moins trois mois des douleurs liée à des troubles temporo-mandibulaire, confirmés selon le Diagnostic Criteria of TMD (DC/TMD) ▶1.

1- Critères diagnostiques des troubles temporomandibulaires (DC/TMD) – version française intégrale

1.1 Myalgie (ICD-9 729.1 ; ICD-10 M79.1)

Douleur d’origine musculaire influencée par le mouvement, la fonction ou la parafonction mandibulaire, reproduite par des tests de provocation des muscles masticateurs.

A. Histoire : positif pour les deux éléments suivants :

  • douleur à la mâchoire, à la tempe, dans l’oreille ou en avant de l’oreille ;
  • douleur modifiée par le mouvement, la fonction ou la parafonction mandibulaire.

B. Examen : positif pour les deux éléments suivants :

  • localisation douloureuse confirmée dans les muscles temporaux ou masséters ;
  • douleur familière reproduite lors de la palpation ou de l’ouverture maximale (assistée ou non assistée).

1.1.1 Myalgie localisée (ICD-9 729.1 ; ICD-10 M79.1)

Douleur d’origine musculaire telle que décrite pour la myalgie, strictement limitée au point de palpation.

A. Histoire : positif pour les deux éléments suivants :

  • douleur à la mâchoire, à la tempe, dans l’oreille ou en avant de l’oreille ;
  • douleur modifiée par le mouvement, la fonction ou la parafonction mandibulaire.

B. Examen : positif pour les trois éléments suivants :

  • localisation douloureuse confirmée dans les muscles temporaux ou masséters ;
  • douleur familière lors de la palpation ;
  • douleur strictement localisée au site palpé.

1.1.2 Douleur myofasciale (ICD-9 729.1 ; ICD-10 M79.1)

Douleur d’origine musculaire telle que décrite pour la myalgie, avec extension de la douleur au-delà du point de palpation mais restant dans les limites anatomiques du muscle.

A. Histoire : positif pour les deux éléments suivants :

  • douleur à la mâchoire, à la tempe, dans l’oreille ou en avant de l’oreille ;
  • douleur modifiée par le mouvement, la fonction ou la parafonction mandibulaire.

B. Examen : positif pour les trois éléments suivants :

  • localisation douloureuse confirmée ;
  • douleur familière lors de la palpation ;
  • douleur s’étendant au-delà du site palpé mais dans les limites anatomiques du muscle.

1.1.3 Douleur myofasciale avec irradiation (ICD-9 729.1)

Douleur d’origine musculaire telle que décrite pour la myalgie, avec irradiation de la douleur au-delà des limites anatomiques du muscle palpé.

A. Histoire : positif pour les deux éléments suivants :

  • douleur à la mâchoire, à la tempe, dans l’oreille ou en avant de l’oreille ;
  • douleur modifiée par le mouvement, la fonction ou la parafonction mandibulaire.

B. Examen : positif pour les trois éléments suivants :

  • localisation douloureuse confirmée ;
  • douleur familière lors de la palpation ;
  • douleur ressentie au-delà des limites anatomiques du muscle palpé.

1.2 Arthralgie (ICD-9 524.62 ; ICD-10 M26.62)

Douleur d’origine articulaire influencée par les mouvements, la fonction ou la parafonction mandibulaire, reproduite par des tests de provocation de l’ATM.

A. Histoire : positif pour les deux éléments suivants :

  • douleur à la mâchoire, à la tempe, dans l’oreille ou en avant de l’oreille ;
  • douleur modifiée par le mouvement, la fonction ou la parafonction mandibulaire.

B. Examen : positif pour les deux éléments suivants :

  • localisation douloureuse confirmée dans la région de l’ATM ;
  • douleur familière reproduite par la palpation du pôle latéral ou par les mouvements mandibulaires (ouverture maximale, latéralités, protrusion).

1.3 Céphalée attribuée aux TTM (ICD-9 339.89 et 784.0 ; ICD-10 G44.89)

Céphalée temporale secondaire à un TTM douloureux, influencée par les mouvements mandibulaires, reproduite lors des tests de provocation du système masticateur.

A. Histoire : positif pour les deux éléments suivants :

  • céphalée de tout type dans la région temporale ;
  • céphalée modifiée par le mouvement, la fonction ou la parafonction mandibulaire.

B. Examen : positif pour les deux éléments suivants :

  • localisation de la céphalée confirmée dans la région temporale ;
  • céphalée familière reproduite lors de la palpation du temporal ou des mouvements mandibulaires.

Note : les codes ICD-9 et ICD-10 renvoient à la Classification internationale des maladies (International Classification of Diseases), système de l’Organisation mondiale de la santé servant à coder les diagnostics médicaux.

Interventions

60 patients randomisés en 2 groupes :

  • acupuncture (n=30) : séances d'acupuncture trois fois par semaine pendant 4 semaines (figure 1 et 2) ;
  • fausse acupuncture (n=30) : un dispositif de Park de fausse acupuncture sans effraction cutanée est utilisé aux mêmes points (figure 2).

Figure 1. Protocole d’acupuncture (d’après Liu et al., 2024)

Figure 2. Points d'acupuncture et dispositif de Park utilisés (Liu et al., 2024)

1) aiguille normale ; 2) aiguille à manche rétractable ; 3) tube guide et base adhésive ; 4) pointe normale ; 5) pointe émoussée ; 6) peau.

Critères d’évaluation

  • Le critère principal était la variation de l’intensité moyenne hebdomadaire de la douleur à la semaine 4 par rapport à l’inclusion, à partir des auto-évaluations quotidiennes consignées par les patients dans un carnet.
  • Les critères secondaires incluaient la proportion de patients atteignant une réduction de la douleur d’au moins 30 % ou 50 %, l’amélioration de la mobilité mandibulaire, ainsi que l’évolution du retentissement fonctionnel et douloureux évaluée par la Graded Chronic Pain Scale et la Jaw Functional Limitation Scale-20. Les dimensions psychologiques et le sommeil étaient appréciés par le DASS-21 et le Pittsburgh Sleep Quality Index.
  • Des critères complémentaires, à visée objectivante, comprenaient les seuils de douleur à la pression et l’électromyographie de surface des muscles masticateurs.
  • Enfin, la tolérance, les attentes des patients, la satisfaction, l’efficacité de l’aveugle et l’observance thérapeutique ont été systématiquement documentées afin de renforcer la validité interne de l’essai.

Principaux résultats

  • L’acupuncture a entraîné, à la semaine 4, une réduction significativement plus importante de l’intensité moyenne hebdomadaire de la douleur que la fausse acupuncture, effet maintenu à 8 semaines. La réponse antalgique a également été plus fréquente, avec une proportion plus élevée de patients atteignant des diminutions d’au moins 30 % et 50 % (figure 3).
  • Sur le plan fonctionnel, l’acupuncture s’est accompagnée d’améliorations significatives de l’ouverture buccale et des mouvements mandibulaires, ainsi que d’une réduction plus marquée de la douleur chronique et des limitations fonctionnelles que dans le groupe contrôle.
  • Les dimensions psychologiques et le sommeil ont également évolué plus favorablement, avec des réductions significatives des scores de dépression, d’anxiété et de stress et une amélioration de plusieurs paramètres du sommeil.
  • En revanche, aucune différence intergroupe n’a été observée pour les seuils de douleur à la pression ni pour l’électromyographie de surface. La tolérance a été bonne, les événements indésirables étant rares, bénins et spontanément résolutifs.

Figure 3. Évolution de la douleur et taux de réponse clinique (Liu et al., 2024)

L’intensité moyenne hebdomadaire de la douleur et la proportion de patients présentant une réduction ≥50 % sont évaluées à 4 semaines — correspondant à la fin du traitement et au critère principal — puis à 8 semaines. Une diminution plus importante de la douleur et un taux de réponse plus élevé sont observés dans le groupe acupuncture aux deux temps d’évaluation.

Conclusions

Chez les patients présentant des troubles temporo-mandibulaires, l’acupuncture réduit significativement la douleur et améliore les fonctions physiques et émotionnelles par rapport à la fausse acupuncture, avec des effets maintenus après l’arrêt du traitement.

Le protocole d'acupuncture

Le protocole de l’étude repose sur une approche standardisée associant des points locaux latéralisés en fonction de la douleur (6E, 7E, 19IG) et des points distaux bilatéraux (4GI, 34VB).

Cette sélection paraît cohérente au regard des résultats d’une analyse par fouille de données (data mining) menée à partir de 92 études cliniques publiées entre 2002 et 2022. Ren QH et al. (2024 [2]) ont identifié 108 prescriptions distinctes faisant intervenir 36 points d’acupuncture, mobilisés à 555 reprises, soit une moyenne proche de six points par protocole. Quatre des cinq points utilisés dans l’essai figurent parmi les plus fréquemment rapportés, suggérant l’existence d’un noyau prescriptif relativement stable dans la prise en charge par acupuncture des troubles temporo-mandibulaires.

Figure 4. Analyse de 92 études cliniques sur le traitement par acupuncture des troubles temporo-mandibulaires : fréquence d'utilisation des 20 points les plus cités (d'après Ren QH et al., 2024).

Le protocole comportait trois séances hebdomadaires, un rythme conforté par un essai contrôlé randomisé montrant qu’un schéma de trois séances par semaine entraîne une réduction plus marquée de la douleur qu’une ou deux séances hebdomadaires (Li S et al., 2025 [3]).

Efficacité de l'acupuncture

L’essai de Liu L et al. rapporté ici met en évidence une amélioration de la douleur et de la fonction par rapport à la fausse acupuncture. Malgré un effectif restreint, il est classé à faible risque de biais [4] et publié dans une revue internationale à comité de lecture avec un facteur d’impact établi (QJM, IF 6,4).

Cet essai est inclus dans une méta-analyse récente (Miao Q et al., 2025 [4]) regroupant 14 essais randomisés totalisant 476 patients. Celle-ci retrouve un bénéfice de l’acupuncture par rapport à la fausse acupuncture (6 essais) pour la réduction de la douleur et l’amélioration de l’ouverture buccale maximale. En revanche, aucune supériorité n’est démontrée par rapport aux autres traitements conservateurs (8 essais). La certitude globale des preuves, évaluée selon l’approche GRADE, est jugée faible à très faible, ce qui doit être interprété au regard du niveau de preuve des autres options thérapeutiques disponibles.

Recommandations de bonne pratique et place de l'acupuncture

Une méta-analyse en réseau publiée dans le BMJ reposant sur 153 essais contrôlés randomisés de langue anglaise a évalué 59 interventions thérapeutiques — médicamenteuses et non médicamenteuses — dans la prise en charge des troubles temporo-mandibulaires (Yao L et al., 2023 [5]). Ses résultats ont informé l’élaboration de recommandations structurées selon l’approche GRADE, hiérarchisant les traitements en fonction du rapport bénéfices-risques et du degré de certitude des preuves (Busse JW et al., 2023 [6]).

Sur cette base, une recommandation forte est formulée en faveur de l’acupression appliquée aux points gâchettes (manual trigger point therapy), tandis que l’acupuncture fait l’objet d’une recommandation conditionnelle favorable (figure 5), fondée sur des preuves de faible certitude pour la douleur et de certitude modérée pour la fonction.. L’essai randomisé de Liu L et al., publié en 2024, est postérieur à ces recommandations et n’a donc pas été pris en compte dans leur élaboration.

Figure 5. Synthèse visuelle des recommandations pour la prise en charge des troubles temporo-mandibulaires (Busse JW et al., 2023).

Infographie également diffusée sur la plateforme numérique MAGIC (Making GRADE the Irresistible Choice), dédiée à la production et à la mise à disposition de recommandations fondées sur les preuves. L’acupression appliquée aux points gâchettes (manual trigger point therapy) fait l’objet d’une recommandation forte en faveur, et l’acupuncture d'une recommandation conditionnelle en faveur. Les traitements médicamenteux, les gouttières occlusales et les procédures invasives — à l'exception de l'acupuncture — font toutes l’objet de recommandations défavorables, fortes ou conditionnelles.

Six guidelines publiées entre 2016 et 2023 ont pris en compte l’acupuncture dans l’analyse des données [7]. Tous l'incluent comme option thérapeutique recommandée, témoignant d’un consensus international quant à son intégration dans la prise en charge des troubles temporo-mandibulaires (figure 6).

Figure 6. Consensus international sur l'inclusion de l'acupuncture dans la prise en charge des troubles temporo-mandibulaires (source : Evidence in Acupuncture 2026). acupuncture parmi les options thérapeutiques recommandées.

Dans un essai contrôlé randomisé versus fausse intervention, l’acupuncture démontre une amélioration significative de la douleur et de la fonction dans les troubles temporo-mandibulaires.

Ces résultats s’inscrivent dans un consensus international intégrant l’acupuncture comme option thérapeutique dans cette indication.

Référence

    1. Liu L, Chen Q, Lyu T, Zhao L, Miao Q, Liu Y, Nie L, Fu F, Li S, Zeng C, Zhang Y, Peng P, Wang W, Lin Y, Li B. Effect of acupuncture for temporomandibular disorders: a randomized clinical trial. QJM. 2024 Sep 1;117(9):647-656. https://doi.org/10.1093/qjmed/hcae094 🔓
    2. Ren Q-H, Zhang Y. [Data Mining-Based Analysis of Acupoint Selection Rules in Acupuncture Treatment for Temporomandibular Joint Disorder]. J Guangzhou Univ Tradit Chin Med. 2024;41(3):695-702.
    3. Li S, Fu Y, Liu L, Wang W, Lin Y, Li B. [Clinical efficacy comparison of different acupuncture frequencies for pain of temporomandibular disorders: a randomized controlled trial]. Zhongguo Zhen Jiu. 2025 Apr 12;45(4):453-459.
    4. Miao Q, Chen QY, Li SX, Wang WY, Nie LM, Li ST, Lin Y, Liu YH, Liu L, Li B. Acupuncture for the treatment of temporomandibular disorders: A systematic review and meta-analysis. World J Acupunct Moxibustion. 2025;35(4):320-330. https://doi.org/10.1016/j.wjam.2025.09.002 🔓
    5. Yao L, Sadeghirad B, Li M, Li J, Wang Q, Crandon HN, Martin G, Morgan R, Florez ID, Hunskaar BS, Wells J, Moradi S, Zhu Y, Ahmed MM, Gao Y, Cao L, Yang K, Tian J, Li J, Zhong L, Couban RJ, Guyatt GH, Agoritsas T, Busse JW. Management of chronic pain secondary to temporomandibular disorders: a systematic review and network meta-analysis of randomised trials. BMJ. 2023;383:e076226. https://doi.org/10.1136/bmj-2023-076226 🔓
    6. Busse JW, Casassus R, Carrasco-Labra A, Durham J, Mock D, Zakrzewska JM, Palmer C, Samer CF, Coen M, Guevremont B, Hoppe T, Guyatt GH, Crandon HN, Yao L, Sadeghirad B, Vandvik PO, Siemieniuk RAC, Lytvyn L, Hunskaar BS, Agoritsas T. Management of chronic pain associated with temporomandibular disorders: a clinical practice guideline. BMJ. 2023;383:e076227. https://doi.org/10.1136/bmj-2023-076227 🔓
    7. Nguyen J, Pernice C, Truong H. Temporomandibular disorders. Evidence in Acupuncture. February 2026. |URL|🔓


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Mots-clés : Stomatologie


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